mardi 30 juillet 2013

Louis C.K.

Portrait de Louis C.K.Sans retenir mon enthousiasme pour ce brillant humoriste américain (oui, anglais uniquement), je commence l'article en prédisant que Louis C.K. aura, d'ici la fin de sa carrière (qui est pour loin dans le futur on l'espère), immortalisé son nom pour rester dans les annales de l'humour à jamais. De un, parce qu'il est juste vraiment aussi bon que ça et de deux, parce que je veux souligner à quel point vous devriez immédiatement écouter un spectacle de Louis C.K. au lieu de laisser votre cerveau faire une petite blague nulle par rapport au mot «annales» (n'essayez pas de le cacher, je sais que c'est le réflexe humain naturel).

J'espère vous faire découvrir le style de Louis C.K. à travers cet article et je pense qu'on peut commencer par son nom. Louis C.K., où commence le prénom et le nom de famille dans tout ça? Non, C.K. n'est pas une abréviation au sens propre. Son véritable nom est Louis Székely et malgré qu'il est culturellement américain, l'une de ses multiples origines ethnique et l'endroit d'où provient ce nom est la Hongrie.

Louis C.K. est un humoriste complètement sans illusions et un éducateur dans un camp durant sa jeunesse ne savait pas comment prononcer «Székely», allant jusqu'à s'en moquer, jusqu'à ce que Louis propose la prononciation "Seekay", se rapprochant assez de l'origine. Depuis il utilise les lettres "C.K." que tout le monde sait comment prononcer dans son pays et ça a l'avantage d'être plus vendeur pour eux que quelqu'un d'étranger comme «Székely». (Par exemple, pour faire plus vendeur et moins étranger avant d'associer son visage à une entrevue, l'acteur d'origine indienne célèbre pour son rôle dans la série Harold and Kumar utilisait le nom à sonorité plus ou moins américaine Kal Penn, qui était en fait tiré uniquement de son véritable prénom Kalpen.)

Oui, déjà jeune il faisait face à la stupidité humaine. C'est une grosse thématique qu'il exploite dans ses spectacles, tout comme l'humoriste George Carlin le faisait. Carlin a été une importante influence chez C.K. en plusieurs aspects, comme chez plusieurs humoristes américains. C'est d'ailleurs Carlin qui, dans sa période la plus active, avait décidé de demeurer à jour et dans l'attention du public en se dédiant à son art et en produisant environ une heure de nouveau matériel plus ou moins chaque année. C.K. emploie la même formule et a produit son premier one-man-show, Shameless, en 2007, pour en être maintenant à sa sixième heure en 2013 avec Oh My God.

C.K. a bien entendu eu plusieurs influences en plus de George Carlin et ce dernier ainsi que ses autres sources d'inspiration sont constamment remerciés dans le générique de ses spectacles, des noms peut-être à vérifier si vous aimez ce qu'il fait. Donc je ne souhaite pas dire que C.K. est une copie conforme de Carlin (il fait plus colérique sympathique et d'ailleurs, il a la distinction de parler des gens stupides pas principalement pour les juger eux, mais surtout pour se juger lui-même en disant qu'il fait partie du problème) ou de quiconque d'autre.

Voyez-vous, ce que je trouve avec C.K., c'est qu'il exploite des sujets dont on a tous déjà entendu parler, incluant son corps qui n'est pas en forme, les mauvaises habitudes des sociétés occidentales, le chialage, la vie de couple et la difficulté à élever des enfants. Alors C.K. exploite ces sujets maintenant communs, oui, mais il trouve la façon parfaite de vous en parler sous un angle généralement si différent que ça a l'air complètement original, parfois songé, mais plus important encore c'est souvent hilarant avant tout avec peut-être une petite ouverture à la réflexion personnelle.

L'une des techniques préférées de C.K. est de montrer la dissonance cognitive de notre quotidien. C'est-à-dire l'habitude américaine de dire "the n-word" au lieu de "nigger" pour être poli, alors qu'à chaque fois que quelqu'un dit "the n-word", il vient en fait de dire "nigger" quand même (ou du moins de m'avoir implanté le mot dans ma tête à sa place).


C'est-à-dire être quelqu'un de relativement rationnel et à la fois incroyablement naïf.


C'est-à-dire la capacité d'un parent d'adorer son enfant plus que tout au monde et pourtant regretter chaque décision qui a mené à sa naissance.

Pour plusieurs sujets, comme celui de ses enfants par exemple, C.K. adore aussi juste ne pas maintenir aucune illusion. Juste aller trop loin comme on dirait. Il n'y a pas de politiquement correct avec lui. Si vous avez pu entendre le dernier clip, vous l'avez entendu briser la magie des enfants et ce n'est rien comparativement à tout le matériel qu'il a accumulé sur plusieurs années par rapport à eux. Sans dire qu'il ne les aime pas, c'est juste le contraire même de la perfection et il ne mâche pas ses mots pour bien paraître. Il aime dire les choses telles qu'elles sont et exagérer 1000 fois plus que le niveau de confort auquel l'audience est habituée.

Parfois C.K. va juste dire une phrase sur un ton plus ou moins neutre, dire quelque chose d'un peu drôle et exagéré, mais qu'on peut facilement contourner pour être en accord et pouf, rapidement il glisse à la fin le petit bout de phrase, la goutte qui fait déborder le vase. Ensuite l'audience a une réaction, mais il ne plie jamais et assume complètement ce qu'il a dit. Ça a généralement l'effet d'amplifier l'humour contrairement à ce que l'on penserait qui devrait être l'effet logique de dire quelque chose d'horrible, c'est une drôle d'expérience. Peut-être qu'il a juste le bon texte ou la bonne façon de le performer. Je ne serais pas surpris, c'est lui qui écrit, performe et fait le montage de ses spectacles, ainsi que la série télévisée à succès Louie que l'article d'aujourd'hui ne couvre pas. Je veux juste dire, il crée son matériel pour lui et il connaît son matériel à fond.

Pour aider à briser les illusions américaines (l'idée de meilleure nation, que les enfants sont magiques, que le divorce est la pire chose qui peut arriver à quelqu'un), il va parfois dire quelque chose en sachant très bien quelle sera la réaction du public pour immédiatement les insulter (ceci dit, on comprend que c'est un jeu). Par exemple, il dit qu'il a grandi à Boston et des gens applaudissent et il va immédiatement passer à son bout où il se moque de la fierté géographique. Il se moque par le fait même des gens qui huent contre Boston. J'ai particulièrement aimé un bout vers la fin de son tout récent spectacle Oh My God où il réussit à faire applaudir les gens sur l'idée de peut-être éliminer l'allergie aux noix chez les humains en ne venant pas au secours des gens allergiques pour ensuite tenter de leur faire accepter l'esclavage (il n'est pas complètement sérieux, ne vous inquiétez pas, il n'est ni raciste ni homophobe, pas du tout même selon certaines de ses autres blagues) et les traiter d'hypocrite de ne pas accepter d'applaudir autant là-dessus alors qu'ils applaudissaient plutôt facilement à l'idée de laisser mourir une tonne d'enfants allergiques aux noix il n'y a pas 10 minutes de ça.

Louis C.K., c'est vulgaire, sans retenue, moqueur, briseur d'illusions en soulignant tous nos défauts et nos faux espoirs. Pourtant, c'est drôle et personnellement je ne retiens pas un sentiment négatif après un spectacle de Louis C.K., ça doit être une forme de dissonance cognitive de ma part cette fois. Dans mon livre à moi, ce gars-là est un véritable génie de l'humour et je suis rempli de joie à l'idée d'obtenir 10 ou 20 heures de son matériel sur les prochaines décennies, même s'il blague lui-même qu'il ne lui reste peut-être pas longtemps avant une crise cardiaque (je dois avouer qu'il commence un peu à paraître gras pour vrai dans Oh My God par exemple, mais je suis qui pour juger).

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