samedi 27 avril 2013

Sound of My Voice

Affiche de Sound of My Voice
Gemme oubliée

Réalisé par : Zal Batmanglij

Produit par : Brit Marling, Hans C. Ritter & Shelley Surpin

Date de sortie : 24 janvier 2011

Durée : 85 minutes

Pays d'origine : États-Unis

Genre : Thriller psychologique indépendant

Pour nous parler de n'importe quel sujet, il y a toujours deux approches : la réalité ou la fiction. Mais il y a une tonne de façons différentes d'utiliser ces deux approches. Sound of My Voice, au lieu d'être un documentaire sur les cultes religieux ou un film basé sur les faits réels de gens qui sont entrés dans une secte, prend l'approche d'une fiction où un couple a l'ambition de réaliser un documentaire sur les sectes en s'infiltrant dans l'une d'elles.

Le film débute immédiatement en terrain inconnu alors qu'on n'est pas encore introduit aux deux personnages que l'on voit et qu'ils passent à travers une série de rituels étranges pour que l'on comprenne assez vite qu'ils sont introduits dans une secte. C'est le jour suivant qu'à travers les dialogues du couple on comprend qu'ils ne croient pas à la secte et qu'ils planifient faire un documentaire.

Le début est un peu lent, mais comme le film est court, il prend du rythme assez vite.

Le film suit les différents jours où ils vont à la secte, comment celle-ci devient plus étrange et on voit les changements que ça apporte chez nos protagonistes de faire ce rude travail. Le stress de ne pas se faire découvrir et de se demander si ça vaut la peine de continuer quand les choses deviennent trop intenses (non, je ne parle pas de boire du sens coulé d'une jeune vierge, c'est plus réaliste que ça).


Étrange à dire puisque le film est entièrement une fiction, mais je crois que j'ai mieux compris que jamais comment une secte peut recruter des membres et leur faire accepter ce qui sont habituellement (et ce n'est pas différent ici) les choses les plus ridicules. Les protagonistes sont là pour vous donner un point de repère, ils ne croient pas à tout ça. Mais le film a une bonne approche pour nous montrer comment les doutes s'installent, mais aussi que juste un doute ou deux, ce n'est pas ça qui fait changer le monde.

Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas un film facile où après deux ou trois sessions le gars devient complètement absorbé par la secte, ce n'est pas ce que je vous dis. Aucun spoiler, je dis juste que le film montre efficacement comment la psychologie de la secte fonctionne et comment elle peut disons s'incruster dans votre esprit, même si ce n'est pas un documentaire avec des opinions d'experts en psychologie ajoutées au montage.

Et s'il y a bien un doute plus efficace que n'importe quel autre, c'est : «Et si c'était vrai?» Voilà l'autre facette spéciale de ce film qui serait perdue dans un film basé sur des faits vécus. Ici, il n'y a pas de jugement définitif sur les qualités et défauts de la secte, autres que vos propres conclusions. On n'a pas assez de faits pour dire que c'est faux et malhonnête, contrairement à comme c'est le cas quand on nous parle d'une secte réelle sur laquelle une enquête a été menée. Il y a tout de même de très bonnes raisons d'avoir des doutes.

Mais les doutes fonctionnent dans les deux sens et c'est un film à fin extrêmement ambiguë. Il coupe un peu trop sec à mon goût pour être franc. Cependant, il est très efficace pour faire fonctionner votre esprit pendant le générique de fin alors que vous êtes dans un débat avec vous-même. Si vous voulez ma propre conclusion, qui n'est pas confirmée à 100% par le film comme n'importe quelle autre opinion d'ailleurs, c'est que c'est faux. Je me suis bâti une explication satisfaisante pour m'expliquer un détail problématique vers la fin, une explication étrangement simple (suivons le principe du rasoir d'Ockham qui a été utile par le passé). Mais laissez-moi réfléchir un peu plus et je peux probablement bâtir une explication soutenant le côté disant que la secte dit la vérité... et voilà justement comment fonctionne la psychologie derrière un culte religieux!

Une autre chose pour laquelle je félicite le film, c'est qu'il contient une tonne de courts moments où il prend quand même la peine de nous montrer des scènes qui ne semblent pas importantes, mais juste assez spéciales pour probablement contenir un indice (genre je ne veux pas dire quelque chose d'insignifiant comme que la caméra reste trop longtemps sur une poignée de porte, je parle de petites scènes où il se passe légitimement quelque chose, pas grand-chose, avec une petite fille qui entre en importance plus tard, mais où ces scènes n'entrent pas en compte). Je m'attendais à une révélation incluant ces scènes, mais non, rien de direct.

Qu'est-ce que ça a pour effet? Le film est maintenant un puzzle à déchiffrer, comme s'il y avait une vérité cachée (voyez la mentalité de secte encore).

Ce n'est pas un mindfuck comme un film de David Lynch ni un puzzle complexe comme Primer, loin de là. Le film a l'air pas mal de montrer tout ce qu'il a à montrer en surface. Mais il laisse des questions comme suis-je bête et ai-je manqué un indice? Si je réfléchis aux détails de chaque scène, est-ce que je peux confirmer l'histoire de la secte? Sont-elles là pour me tromper ou même confirmer l'inverse? Je ne le sais pas et ça me rend fou! Heureusement que je suis trop paresseux pour continuer à y penser, sinon je terminerais dans un asile psychiatrique. Ou chef de ma propre secte...

Le film n'a rien de parfait, mais il est très efficace et concis. Ça en dit beaucoup pour la carrière débutante du réalisateur Zal Batmanglij, qui en était à son premier long métrage en tant que réalisateur et écrivain, ce qu'il sera aussi pour le film The East (qui a déjà été bien reçu aux festivals dédiés au cinéma) mettant en vedette des visages connus comme Alexander Skarsgård et Ellen Page, ainsi que des gens qu'il avait déjà engagés pour Sound of My Voice, dont Brit Marling (qui était un peu la leader de la secte dans le film).

4 étoiles sur 5

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