jeudi 7 février 2013

The Bridge (documentaire sorti en 2006)

Affiche de The Bridge (2006)
Réalisé & produit par : Eric Steel

Date de sortie : Avril 2006

Durée : 94 minutes

Pays d'origine : États-Unis

Genres : Documentaire indépendant

Le Golden Gate Bridge est un symbole connu des États-Unis et l'un des ponts les plus connus au monde. Vous l'avez probablement déjà vu au cinéma ou bien c'est juste l'une de ces choses que vous connaissez comme tout le monde (par exemple, on connaît tous la statue de la liberté, la Tour de Pise et la Tour Eiffel). Chaque région a droit à la fierté associée avec un lieu ou un monument qui marque l'histoire.

Mais avec la fierté et la reconnaissance mondiale, on attire aussi forcément des éléments plus négatifs. Le Golden Gate Bridge cache un lourd secret exploré dans ce documentaire...

Peut-être pas un secret en tant que tel comme si le gouvernement avait monté une conspiration pour effacer une partie de l'histoire, mais simplement savoir ce qu'est le Golden Gate Bridge ne vient pas avec la connaissance que c'est LE LIEU le plus populaire AU MONDE pour se SUICIDER. OK, c'est un pont, on se doute donc qu'il y a déjà eu et qu'il y aura encore des suicides de temps à autre, mais pas à ce rythme (environ aux 15 jours).


Parenthèse : le secret, quand on y pense, n'est peut-être pas sité tant que ça autour du Golden Gate Bridge, mais plus autour du suicide en général. C'est vrai, c'est un sujet tabou malgré tout, malgré qu'on sait que ça existe et que ça peut facilement toucher quelqu'un que l'on connaît. Ce documentaire nous provoque, il nous éveille en nous projetant cette réalité en pleine figure. Il ne rendra pas le sujet populaire du jour au lendemain, mais il s'ajoute à l'effort de sensibilisation des dernières décennies de faire réaliser aux gens que ça arrive, pour vrai, et qu'il faut en parler sérieusement, car on peut faire un changement direct dans plus d'une situation. Il réussit à avoir un impact important avec une approche bien spéciale dont je vous parle maintenant.

The Bridge est un documentaire probablement choquant et controversé pour une grande partie du public, car il est composé non seulement de témoignages de familles/amis qui connaissent quelqu'un qui a sauté (la seule "narrative" du film, qui ne contient aucune opinion/commentaire personnel de l'équipe de tournage), mais il contient aussi les dernières minutes, souvent juste le moment final tellement ça arrive vite, de la vie des gens qui ont été perdus. Oui, des chutes réelles sans censure. Mais attention, ce n'est pas un film d'exploitation, il ne veut pas vous exciter en vous montrant ces images. Il y a aussi au moins un sauvetage de quelqu'un qui semblait vouloir sauter et un témoignage de l'un des très rares survivants de la chute dans l'histoire (un jeune homme en très bonne condition, surtout considérant l'événement).

Les témoignages sont peut-être un peu ce à quoi vous vous attendez, alors les visuels choquants sont définitivement la nouveauté que ce documentaire apporte. Heureusement que c'est traîté sans glorification (d'ailleurs, l'un des buts du film est peut-être de montrer comment sauter d'un pont, même le fameux Golden Gate Bridge, ça n'a rien de glorieux). Les chutes sont puissantes, mais on ne nous montre pas toujours la victime de près et il y a des pauses entre ça. Ce n'est pas un film gore (d'ailleurs, il n'y a pas de sang visible dans une telle chute).

Malgré ce que j'ai dit sur les témoignages, ils peuvent être intéressants pour voir, comme ils parlent des personnes qui ont sauté, à quel point cela concorde avec votre perception de quels types de gens semblent plus souvent se suicider ou si vous avez des préjugés qui contribuent à ce que le sujet demeure tabou. La chose qui m'a surpris, ce n'est pas vraiment le type qui se suicide, mais plutôt l'attitude de ces gens dans leurs dernières minutes ou parfois même sans hésitation. Ça ne correspond pas à mon modèle hollywoodien du gars, seul la nuit, avec une roche attachée à un pied, en gros sanglots avant de sauter.

J'aime dire que le documentaire est surtout applicable au suicide en général, même s'il a la saveur ajoutée du Golden Gate Bridge. C'est plus pour vous surprendre que ce lieu soit si populaire pour le suicide, histoire d'attirer votre attention vers ce documentaire qui parle d'un sujet dont vous n'auriez peut-être pas le goût d'entendre parler. on se questionne légèrement sur la fascination que quelqu'un peut avoir pour sauter de ce pont en particulier (et certainement il pourrait y avoir des barrières ajoutées par la ville étant donné la facilité d'accès et la popularité de ce lieu pour cet acte), mais en bout de ligne c'est un moyen de se suicider. Si le pont n'existait pas, une autre méthode aurait probablement emporté ces gens.

The Bridge a été fait en filmant les gens qui voyageaient sur le pont pendant un an, durant l'année 2004. Il y a eu 24 suicides connus sur le pont en 2004, dont 23 capturés sur film. Sachez que la distance à laquelle le tout est filmé veut dire qu'il était littéralement impossible d'aider une personne sautant subitement. On dit que lorsque c'était possible (j'imagine lorsqu'une personne était clairement en position pour sauter avec une hésitation, donc identifiée comme suicidaire parmi les nombreux passants), l'équipe tentait de sauver les gens en faisant appel à la police par exemple.

Est-ce que le tout est immoral? Libre à vous d'avoir votre réaction, mais la mienne est que si ça l'est, c'est minime et ils ont su au moins créer quelque chose avec un but à partir de ces actes qui n'apportent aucune réelle solution, comme on le dit souvent de cette finalité qu'est le suicide. Si je vous dis qu'il y a une vingtaine ou même une trentaine de suicides par année au Golden Gate Bridge (ou même si je vous donne le chiffre global de suicides dans une année à travers le monde), vous comprenez ce que ça veut dire. L'information s'enregistre, mais ce n'est pas actif... Comment expliquer? D'après moi, ça s'enregistre à peu près de la même façon platonique que si je vous dis que je me suis cogné le petit orteil sur le bord du lit ce matin. Un genre de «ah, c'est pas drôle quand ça arrive, hein?» Mais si on commence un film en vous montrant quelqu'un qui décide de plein cœur de faire le grand plongeon, je suis sûr que vous êtes immédiatement saisi. C'est devenu réel. Je ne sais pas pourquoi, car même dans le premier cas on comprend que c'est vrai. On se dit des êtres de raison par rapport aux autres animaux, mais pourtant ça semble être comment l'humain fonctionne.

En dehors de son matériel visuel, le film est supporté par une excellente trame sonore ambiante qui ne donne pas dans la joie (je serais très inconfortable si une musique de cirque se mettait à jouer alors qu'un gars se prépare à se faire casser tous les os de son corps et rendre ses organes internes en bouillie), mais qui est à peu près sur le bon ton pour les événements déprimants. Ça souligne l'émotion, mais on ne vient pas exagérer. Il y a un sentiment étrange qui vient avec le fait d'observer ces gens avoir leurs dernières pensées et en apprendre un peu sur qui ils étaient, alors que ces sauteurs n'auront plus jamais de nouvelles connaissances. C'est à travers ce documentaire que ces gens vivront, car il faut arrêter de les cacher pour faire face au tabou.

C'est donc une bonne recommandation comme documentaire qui ne vous apprendra pas l'existence du phénomène, mais qui vous provoquera sans aucun doute, au moins initialement. Il gagne aussi des points pour son sujet difficile, mais important et son approche audacieuse. (Vous êtes un public averti, surtout si vous n'êtes pas désensibilisé comme la génération dont je fais partie est supposée l'être! Il n'y a pas de sang ou de violence, mais c'est réel cette fois...)

4 étoiles sur 5



La critique est terminée, mais étant donné le sujet et l'éveil qu'on veut apporter face à celui-ci, je vais finir en vous disant que si vous avez une connaissance qui dit des choses suicidaires à répétition, même si ça semble être à moitié une blague, prenez-la au sérieux, vous êtes peut-être sa dernière chance. Ne culpabilisez pas si vous connaissez quelqu'un qui se suicide, car ce n'est pas votre choix, parfois on ne peut pas voir les signes ou on n'arrive pas à temps. Mais pour éviter ces remords, si les indices sont là, on ne rigole pas avec la dépression (qui est un élément déclencheur du suicide). Le déprimé typique ne se remontera pas tout seul, ça fait partie de la condition. Fin du message d'intérêt public.

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