jeudi 1 mars 2012

Dear Esther

Écran titre de Dear Esther
Dear Esther est un excellent sujet de débat. C'est un jeu vidéo... qui n'en est pas un. Dans le rôle d'un homme solitaire égaré sur une île mystérieuse, vous suivez le chemin en essayant de lever le voile sur cette histoire étrange. Le tout se passe à la première personne et aucune action à part marcher n'est possible. Pas de puzzle, d'ennemi ou de but défini quelconque : c'est un jeu contemplatif comme peut l'être Flower par exemple.





Pendant que vous marchez, votre personnage (le narrateur) dira quelques mots. Vous essayerez de comprendre le sens pour savoir où vous êtes, pourquoi, et qui est cette Esther... Bien que vous pouvez vous promener comme vous voulez, le jeu n'a qu'un seul "bon" chemin et d'une façon ou d'une autre, vous finirez par aller où le jeu veut que vous alliez. Il y a 4 sections dans l'île, que vous visiterez dans l'ordre. Il ne vous faudra que 1h30 à 2 heures pour faire le tour du jeu, peut-être moins.

D'un côté, on pourrait le vanter d'utiliser le médium du jeu vidéo pour faire véhiculer une histoire d'une façon beaucoup plus puissante qu'une nouvelle ou qu'un court métrage. Le fait d'être libre d'explorer ce monde est beaucoup plus frappant que de se le faire raconter. La différence est aussi forte que de comparer l'effet d'une carte postale versus un véritable voyage...

Capture d'écran de Dear Esther dans laquelle on voit un phare

Ce ne sont pas tous les jeux qui réussissent à créer un environnement vivant et crédible autant que Dear Esther. C'est en partie dû aux graphiques incroyables, c'est quasiment photoréaliste parfois, avec lesquels cette île nous est présentée. Le feuillage qui bouge avec le vent, les vagues sur la plage, les cavernes éclairées d'une façon unique... C'est magnifique.

Personnellement, je crois qu'un jeu doit faire les deux. C'est-à-dire, un environnement riche et immersif PENDANT le jeu, avec un gameplay attrayant. Mon éternel exemple : BioShock. Chaque pièce dans BioShock était intéressante, différente et mystérieuse : c'était pour moi aussi intéressant de me laisser impressionner par l'environnement que de jouer en tant que tel. Mais ça prend les deux. Je crois que Dear Esther aurait dû jouer sur l'aspect de la solitude pour surprendre, comme par exemple mettre un autre personnage à la fin. Parce que durant tout le jeu, j'étais toujours un peu craintif que quelque chose apparaisse soudainement : je crois que je n'aurais pas survécu au choc... Imaginez une silhouette à l'entrée de la grotte ci-dessus, alors que vous êtes seul depuis une heure... Frisson garanti.

Ceux qui détestent les jeux indépendants "artsy" (qui essaient surtout d'être artistiques) seront fous de rage en "jouant" à Dear Esther. Comme l'expression le dit, "haters gonna hate". Ils détesteront que le jeu se prenne beaucoup trop au sérieux. Comme les jeux de ce genre le font souvent, il essaie de faire passer un message (même une histoire toute entière), mais d'une façon tellement vague et symbolique que la majorité des gens n'y comprendront rien.

D'ailleurs, j'ai fini le jeu en déduisant deux explications possibles, qui sont toutes les deux inférieures à ce que l'on pourrait s'attendre au départ. À la moitié du jeu, je me suis dit : «C'est très bien, mais maintenant, tout dépend de la fin.» Soit qu'elle aurait été puissante, gravant ce jeu à jamais dans ma mémoire, ou qu'elle ne serait pas à la hauteur de ce que le jeu nous promet, ce qui remet toute l'expérience en question.

Ça m'est impossible pour moi de recommander Dear Esther à quiconque actuellement. Bien que j'ai aimé mon expérience, son prix de 10$ pour une heure et demie d'exploration est difficilement justifiable. Sachez qu'il était d'abord une modification pour Half Life 2 (d'ailleurs toujours disponible et gratuite), mais que ce sont les graphiques de la version payante qui le rendent envoutant. Attendez une baisse de prix sur Steam et attrapez-le si vous cherchez quelque chose qui se démarque.

Capture d'écran de Dear Esther dans laquelle on voit un phare

3 comments :

Bob a dit...

Je déteste les jeux (ou films) "artsy" prétentieux qui sont transparents dans leur intention de nous faire croire qu'il y a tellement plus dans leur expérience et qui me donnent souvent mauvaise impression et n'arrivent pas à délivrer ce qu'ils croyaient accomplir. Mais je ne suis pas automatiquement "raciste" (lol), j'ai quelques cas où le risque a porté fruit (comme Braid selon moi).

Et l'affaire avec Dear Esther, c'est que ce n'est même pas un jeu vidéo. Et je ne veux pas dire que ce n'est genre pas un jeu vidéo, mais bien littéralement que ce n'en est pas un. C'est une expérience d'exploration audio-visuelle qui fait usage de technologies actuelles. Son aspect artsy est à 100% l'expérience du jeu et il nous fait vivre de quoi.

Donc je pense qu'en bout de ligne on a tous les deux aimé Dear Esther. Juste à un certain degré de différence, mais c'est normal qu'on ait tous des goûts personnels différents (par exemple, je ne l'ai pas aimé au point de dire que c'est bien plus puissant qu'un court métrage alors que seulement les 5 à 10 premières minutes de Up ne sont même pas dans la même ligue que Dear Esther pour moi, qui m'a duré environ 40 à 50 minutes).

Et comme toi je préfère un jeu comme Bioshock qui a une belle ambiance et du gameplay. Comme j'ai dit, Dear Esther n'est pas un jeu, mais justement, ce que je suis en train de dire, c'est que même s'il n'est pas mauvais, je préfère un jeu, c'est tout. Et j'arrive donc à la même conclusion, c'est une question de marketing, comment et à qui on vend ce produit et à quel prix on le vend. 10$, c'est sûrement beaucoup trop, je ne sais pas combien serait parfait par contre. Regarder une vidéo en HD sur YouTube d'une capture de ce produit procurerait sûrement une expérience pas parfaite, mais à peu près suffisante, tellement il y a peu de contenu et c'est plus à voir et écouter qu'à jouer.

Solo the CyberpunK a dit...

Attention! Je ne dis pas que Dear Esther est plus puissant qu'un court métrage, je dis que le fait de "vivre" une expérience (en y jouant) peut être beaucoup plus touchant que de simplement regarder la situation. Pas dans Dear Esther, mais en général.

Par exemple dans Skyrim, c'est toi qui fait ta propre expérience de jeu, c'est toi qui "vit" et explore l'environnement et de ce fait, l'expérience est plus engageante. Ou Uncharted, même Heavy Rain (automutilation), ou encore la célèbre fin de Red Dead Redemption: puisque ce sont tes actions qui forgent les conséquences.

En gros, les jeux vidéo, grâce à leur interactivité, peuvent potentiellement être plus marquants qu'une expérience distante comme lire un roman par exemple. Le fait de se promener dans l'environnement de Dear Esther est beaucoup mieux que de simplement en lire une description, c'est ce que je voulais dire, et c'est le point fort du jeu.

Bob a dit...

Ah, j'avais mal compris. Moi aussi j'avais aimé Dear Esther et l'important est que j'étais d'accord avec la majorité de ce que tu disais, sauf que je croyais que tu avais beaucoup plus aimé Dear Esther que moi (pas que je te le reprochais évidemment, car ça aurait été uniquement matière de goût).

Mais voici donc une explication plus détaillée avec laquelle je suis entièrement d'accord. C'est-à-dire que potentiellement en général (pas nécessairement Dear Esther), une expérience que l'on simule dans un jeu vidéo peut devenir beaucoup plus touchante que n'importe quoi d'autre, si elle est faite exactement de la façon voulue.

Pour moi, je crois qu'un film, de par sa nature préenregistrée, peut encore être parfaitement calibré pour une émotion en particulier, mais je vois aussi un futur où une expérience virtuelle très linéaire (peut-être légèrement interactive, mais surtout pratiquement forcée comme Dear Esther) puisse remplacer la façon de délivrer l'histoire d'un film (avec un plus gros budget et plus de contenu que Dear Esther, je parle vraiment de nous faire "vivre" un film). Évidemment qu'il y aurait aussi des jeux vidéo normaux, car on ne veut pas perdre ça et ce que je décris serait comme Dear Esther, une chose expérimentale qui fait autre chose qu'un jeu vidéo.

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