mercredi 25 janvier 2012

Coulez mes larmes, dit le policier

Devant du roman Flow My Tears, the Policeman Said (version originale de Coulez mes larmes, dit le policier)
J'amorce l'article par un «Philip K. Dick est mon auteur préféré» et un «la science-fiction est mon genre favori», question que vous puissiez savoir où je me situe par rapport à ce roman...

La raison pour laquelle j'aime les histoires de Philip K. Dick (plus particulièrement ses nouvelles), c'est qu'à la base, elles partent d'une idée totalement folle et originale. Mais il ne fait pas que l'énoncer. Il l'explore à fond et d'une façon très efficace. C'est donc dans cette optique que j'ai mis la main sur Coulez mes larmes, dit le policier.

Je suis servi : elle raconte l'histoire d'un chanteur-animateur de télévision, Jason Taverner, qui perd son identité. Dans le sens où, du jour au lendemain, personne ne se souvient de lui, son émission n'a jamais été à l'antenne et la police n'a aucun dossier à son sujet. Il n'a pas de certificat de naissance, rien. Dans l'univers du roman, les gens qu'on appelle des non-personnes (gens sans identité) sont envoyés dans des camps de travail. Il doit donc retrouver son identité à tout prix et essayer de comprendre ce qui s'est passé.

Si vous êtes un fan de science-fiction, vous êtes peut-être déjà intéressé.

Ce que j'admire chez Philip K. Dick, c'est la complexité de la simplicité de ses scénarios. Je m'explique : Coulez mes larmes nous parle d'un individu modifié génétiquement, vivant dans un rétrofutur (les années 90 telles qu'imaginées dans les années 70), après une deuxième guerre civile dans une Amérique dirigée par la police, avec des véhicules volants et tout... Mais aucun de ces éléments n'est vraiment important dans l'histoire. Il nous émerveille avec ce monde vraiment riche et précis, sans toutefois nous noyer dans une mer de descriptions interminables et de passages explicatifs simplement pour justifier un aspect de l'univers du livre. Tout est fluide et naturel et toujours un tantinet trop réaliste pour que, en fin de compte, on croit à cet élément surnaturel qui se démarque du reste.

C'est le style d'écriture qui nous facilite la tâche (du moins, de la traduction française que j'ai lue), qui est dégagé, simple et concret. Il fait exactement le contraire que disons William Gibson, avec ses phrases trop longues, parsemées de métaphores inutiles, qui rendent la lecture rude et distante.

On sent toujours une parcelle d'humour qui nous montre que le roman ne se prend pas trop au sérieux. D'ailleurs, plusieurs passages métas parle d'un autre roman de PKD, on peut y lire : «Évidemment, ça expliquerait tout, tu as raison. Mais je ne peux pas accepter ce genre d'explication. C’est comme ces romans de science-fiction à la gomme de Philip K. Dick qui faisaient mes délices quand j’étais gosse.» C'est génial...

Néanmoins, le roman peut avoir l'air d'une très longue nouvelle... Une grande partie du roman est composée de discussions entre Jason Taverner et des femmes qu'il rencontre (5) en travers son aventure. (Heather, Kathy, Ruth, Alys et Mary Anne). C'est parfois des discussions philosophiques intéressantes, par exemple celle sur l'amour avec Ruth. Si le roman est adapté au cinéma (les droits ont déjà été achetés), c'est évident que le personnage ne rencontrerait qu'une femme ou deux et qu'ils combineraient leur personnalité. Ce que je veux dire, c'est que le livre est toujours intéressant, mais qu'en termes d'événements qui font avancer l'histoire, il est plutôt limité sur ce point. C'est un peu comme si c'était à la base une nouvelle qui aurait été étirée.

C'est lorsqu'on se met à réfléchir sur certains concepts du roman après la lecture (celui du "punch" final ou la "solution") que l'on réalise à quel point le roman était complexe et complet. Il vous fera réfléchir sur une multitude de sujets. Sans vous dévoiler l'intrigue, je vais seulement vous avertir que la "réponse" à l'énigme de l'histoire est dévoilée à la fin du livre en quelques paragraphes vraiment condensés. Ça peut être un peu décevant dans le sens où vous auriez encore quelques questions à poser à la personne qui détient la réponse... et tout à coup : Paf! Le roman est terminé. Je vous conseille seulement de relire ce chapitre...

Coulez mes larmes, dit le policier est donc un roman très agréable à lire, mais dont la complexité vous hantera par la suite pendant quelque temps.

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