mardi 5 juillet 2011

Les romans, c'est fini

Photo d'un vieux livreC'est fini, l'époque des romans.

C'est l'opinion d'un fan de technologie et peut-être un reflet de ma génération, ça reste à voir. Mais je crois sincèrement qu'avec tous les outils à notre disposition, il est possible d'améliorer cette expérience. Je me permets de prouver mon point en disant 5 énormités...

Énormité numéro 1 : Un roman, c'est beaucoup trop long

Si on se fie aux audio books, un roman est d'une durée moyenne de 13 à 15 heures (ça dépend de votre vitesse de lecture). Dans cette époque de stress et de divertissement instantané, un roman est beaucoup trop long pour son résultat final. Franchement, les finales de séries télévisées se font critiquer lorsqu’elles ne sont pas assez spectaculaires! Imaginez un film de 13 heures. Pas une série télé, un film. Prenez Le Seigneur des anneaux et... Désolé, mauvais exemple. Prenez "un film avec des longueurs" et ajoutez-y 10 heures. C'est certain que le dénouement ne sera pas assez fort pour justifier l'expérience. Dans tous les romans que j'ai lus, il y a toujours de longues périodes où il ne se passe rien, où l'on suit simplement le personnage à travers sa vie. Si ça sert à nous mettre en contexte, ça va, mais si c'est un roman qui se passe à notre époque et que le tiers du livre est de la description, je perds clairement mon temps.

Énormité numéro 2 : le roman graphique est supérieur au roman

Pourquoi se heurter à des tonnes de descriptions alors qu'une image vaut mille mots? Le roman graphique permet un très grand nombre de libertés artistiques. Les couleurs, le style graphique, les expressions des personnages peuvent tous servirent à appuyer les dialogues. On comprend TOUT d'un simple coup d'œil et c'est suffisant. Un roman graphique est beaucoup moins long à lire, mais il peut contenir (en proportion) autant de contenu qu'un roman. Par exemple : Blankets. Combien de pages un roman aurait-il besoin pour raconter la même histoire? Et Blankets est-il efficace? Oui. Contient-il une histoire complète et touchante? Oui.

Énormité numéro 3 : Underground ou simplement oublié?

Les médias ne font rien pour remettre cette industrie sur pieds. Pensez-y : comment choisir un roman?

Devant du roman UbikLorsque les gens se ruent pour acheter un livre, c'est lorsqu'il y en a eu une adaptation au cinéma ou à la télé ou qu'il y en a une d'annoncée et fortement publicisée (Harry Potter, Twilight). Le média du livre en tant que tel n'est pas efficace pour attirer un lecteur. Si nous prenons le cas des romans graphiques, vous pouvez le feuilleter et avoir une idée générale du style et savoir si ça vous interpellera. Pas toujours, mais dans plusieurs cas. Avec un roman, tout est au hasard. Le résumé est encore plus vague que toute bande-annonce au cinéma, sans nécessairement réussir à vous accrocher. Un mauvais choix de mot peut vous faire croire qu'il s'agit d'un roman policier, alors que c'est un drame. La couverture? N'y pensez même pas. C'est n'importe quoi qui n'a en général aucun rapport avec le contenu (d'après mes expériences). Ubik, roman de science-fiction : la couverture est un tas de ballons verts sur un fond bleu. WTF?

Même chose pour un album de musique, mais celui-ci dure rarement au-dessus de 60 minutes et vous pouvez l'écouter partout et en faisant d'autres choses et en tranches séparées. Vous pouvez prendre une chance et même acheter uniquement les chansons que vous voulez. Vous pouvez même l'écouter au magasin ou en télécharger un extrait.

Les films? On en parle toujours et partout et tout le monde les connaît. Lisez un roman et il y a de grosses chances que personne dans votre entourage ne l'ait lu. (Sauf si vous vous tenez parmi un cercle d'amis qui sont d'avides lecteurs ou les quelques œuvres qui deviennent vraiment populaires comme Da Vinci Code ou Millennium, mais encore là Hollywood se lance dessus pour faire un film qui convaincra une grande partie du public de ne pas perdre son temps à lire.)

Le plaisir des divertissements (films, musique, séries télé, jeux vidéo, etc.), c'est aussi de les partager avec quelqu'un. C'est toujours agréable d'en discuter. Vous pouvez toujours essayer de prêter un roman à un proche, mais avec ses 40 heures de travaux et passe-temps personnels, je doute qu'il ait plus d'une dizaine d'heures à consacrer à quelque chose qu'il n'a pas choisi.

Énormité numéro 4 : Ça n'existe pas, des livres

Je suis un fanatique du mouvement littéraire cyberpunk. J'ai bien aimé Neuromancer de William Gibson, alors je cherche d'autres œuvres du même auteur. Je m'arrête sur une en particulier : Gravé sur chrome (Burning Chrome), qui est un recueil de nouvelles cyberpunk. J'adore les nouvelles littéraires, puisqu'elles sont directes et originales la plupart du temps selon mon expérience. Alors je décide de l'acheter, en français.

Je vais à ma librairie habituelle. Ils ne l'ont pas. Je fais quelques autres librairies : toujours rien. Je le commande dans une librairie : 3 mois plus tard, on me rappelle pour me dire qu’ils ne l’ont pas trouvé. Je vais dans des magasins de livres usagés, d'autres librairies éloignées, rien. Sur Internet, Amazon est à court de stock et c'est Amazon.fr qui l'a, ce qui me coûte assez cher de livraison.

J'ai un iPad, je décide de le trouver en format digital. Après de longues recherches, j'abandonne. J'en viens à une conclusion : ce livre n'existe pas.

Chaque roman que je cherche, je ne le trouve jamais. Même chose pour Sur des mers plus ignorées (On Stranger Tides) que j'ai cherché partout, que j'ai trouvé sur Amazon.fr et en ce moment même, il est à court de stock. Après la sortie du film Pirates of the Caribbean: On Stranger Tides, je suis certain qu'il sera PARTOUT (retour à l'énormité numéro 3).

Énormité numéro 5 : Quel format arriéré

Un format petit, mais pas assez pour entrer dans une poche. Sinon, il y a le format trop gros pour rien : une brique lourde qui se ramasse dans le fond de votre sac à dos ou qui prend la moitié d'une tablette de votre bibliothèque en hauteur et le 3/4 en profondeur (vous vous retrouvez à en empiler quand vous n'avez plus de place, pour le résultat le plus bordélique possible). Les romans de poche s'usent très vite lorsque vous les traînez avec vous pour en lire un peu à l'extérieur de chez vous : les coins deviennent ronds, les pages se plient, la couverture reste ouverte et pliée, rendant le tout bon pour la poubelle après une lecture complète.

C'est imprimé sur du papier, ressource épuisable disponible en coupant des arbres (vous savez, l'une des choses qui nous fournit notre oxygène...). Déjà entré dans une boutique de livres usagés? Vous vous souvenez de l'odeur n'est-ce pas?

Impossible de faire autre chose en même temps : le roman tient absolument à tenir vos deux mains occupées, sans quoi son épine fendra en deux ou laissera un pli éternel qui laissera toujours le roman ouvert sur cette page, en souvenir de la fois ou vous avez essayé de lire en mangeant.

Aucune sauvegarde automatique, un autre bout d'arbre mort est nécessaire pour marquer votre progression (là je rigole vraiment...), sans quoi il est impossible de retrouver la page sans être obligé de relire une multitude de passages, y compris celui plus loin que votre position réelle, dont la lecture vous dévoile une intrigue qui aurait dû rester un mystère...

Déjà essayé de lire le soir? Le papier non rétro éclairé est idéal pour faire forcer vos yeux inutilement.

Solutions :

Première étape : changement de format : le iPad et Kindle
(Réponse à énormité numéro 5)

Photo d'un Kindle-Sauvegarde (évidemment)
-Portatif et léger (surtout le Kindle)
-Économie d'espace (au lieu d'une bibliothèque pleine)
-Rétro éclairage
-Personnalisation de la taille des caractères
-Plus agréable à tenir (pas de page de gauche!)
-Annotation possible

Le magasin de livres 3G sur Kindle vous permet d'acheter un livre n'importe où et n'importe quand. Ça améliore donc de beaucoup l'accessibilité. Sur iPad, les nombreuses applications vous permettent de mettre vous-même vos propres livres en n'importe quel format : vous pouvez donc trainer toute votre bibliothèque dans votre sac.

Si vous ne pouvez pas trainer votre iPad à un certain endroit, iBook vous permet de synchroniser vos signets entre vos différents appareils : vous pouvez donc continuer à lire votre livre sur votre téléphone que vous avez toujours sur vous (livre de poche pour vrai).

Deuxième étape : briser les conventions
(Réponse à énormité numéro 1)

Regardez une tablette de romans dans une librairie : ils sont tous d'épaisseur semblable. Bien sûr, l'éditeur joue avec l'interlignage et la grosseur de caractère, mais ils essaient tout de même d'entrer dans le standard de 300-350 pages, comme un épisode d'une série télé essait souvent d'être 42 minutes.

Avec un format numérique, il n'y a aucun besoin de format standard. Si un roman dit ce qu'il a à dire en 200 pages et même moins, c'est parfait. (Idéalement, le prix pourrait être calculé par page, mais encore là, les auteurs allongeraient inutilement leur texte pour avoir plus de profit...) Le point est que seulement si un roman a besoin d'être super extra long devrait-il l'être et non pas pour respecter une norme ou une convention quelconque.

Troisième étape : faire évoluer le média
(Réponse à énormité numéro 2)

Un roman habituel est imprimé en noir seulement pour économiser des coûts. Mais lorsque c'est un livre numérique, pourquoi ne pas inclure de belles illustrations couleur? Un roman de voyage ou livre historique aurait tout à gagner. Pourquoi ne pas inclure des sons, des vidéos, des animations? Lire «le calme de la campagne», tourner la page et voir un paysage magnifique : ce serait très immersif.

Quatrième étape : travail collectif pour agrandir le catalogue en ligne
(Réponse à énormité numéro 4)

En ce moment, ce n'est pas encore l'idéal. Il y a peu de choix de livres numériques en français et les compagnies se battent pour l'exclusivité. Ce qui serait mieux, ce serait que le logiciel soit ce qui vous fait choisir l'un ou l'autre des magasins. Imaginez un magasin universel, ne contenant qu'un format de fichier, mais qui est compatible avec toutes les machines et appareils numériques. C'est en passant par votre application préférée que vous redirigiez le profit vers la compagnie appropriée (Amazon, Apple, Barnes & Noble). Ce serait donc à eux à vous offrir le meilleur support (machine ou application) et la librairie de livres serait infiniment grande (au lieu d'être obligé d'acheter un livre exclusif à iBook alors que votre application préférée est Kindle). Peut-être que vous aimez mieux le prix et l'écran confortable du Kindle ou bien l'écran tactile et rétro éclairé du iPad, mais ça ne devrait pas affecter le choix de livres disponibles.

Cinquième étape : critiques et forums intégrés aux applications
(réponse à énormité numéro 3)

En naviguant dans un magasin de livres électroniques, vous pouvez cliquer sur un livre, en voir de nombreuses critiques et accéder à un forum pour en discuter après ou pendant la lecture. Ça élimine ce sentiment de solitude relié à la lecture d'un roman. Le simple fait d'avoir un pourcentage à l'écran qui vous indique votre progression dans votre livre est motivant et si ce n'est pas assez, une application vous donne même des achievements pour compléter la lecture des livres!

Les livres, c'est fini. Les livres numériques, ça commence. Achetez-vous un Kindle pour une bonne expérience à 120$.

1 commentaire :

Bob a dit...

À l'opinion d'un fan de technologie et un reflet de ta génération, je pense que l'on pourrait ajouter que l'école, au lieu de nous donner goût aux romans, elle nous a imposé des choix très stricts qui nous ont donné une très mauvaise expérience.

Maintenant, je dirais que plusieurs de tes points sont argumentables à un certain degré, dont le fait que les romans n'ont pas de visuel n'est pas nécessairement un manque, mais c'est plutôt la chose qui leur est encore unique, permettant au lecteur de se former ses propres images (certains préfèrent ça). Mais je ne suis pas un lecteur intense de romans, alors ce n'est pas à moi d'argumenter ces points, moi je fais partie de cette nouvelle génération comme toi qui préfère des images et le roman graphique.

Et même si je dis qu'il y a des points argumentables (dont probablement aussi le fait que produire un iPad ou Kindle est probablement dommageable pour l'environnement en ce moment, tout comme couper des arbres pour des livres), il y a des bons points. Pourquoi tu as de la misère à trouver un livre en français? Oui, je dirais que toi tu pourrais le lire en anglais étant donné que c'est sa langue originale (et donc la seule version du livre véritablement écrite par l'auteur) et que tu comprends l'anglais, mais je te l'accorde que c'est quand même un véritable gros problème. Par exemple, si je me cherche un film en français je vais le trouver même si c'est obscur en général, alors pourquoi pas un livre? C'est quasiment l'industrie du film qui dirige l'industrie du livre...

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