vendredi 22 avril 2011

Big Love

Affiche de Big LoveEn ce Vendredi "saint", parlons mormons. Big Love est une autre série audacieuse sur HBO, comme Dexter et Six Feet Under dont j'ai fait les critiques auparavant. Encore une fois, on se centre sur un mode de vie hors du commun, une famille de mormons polygames. Les mormons sont aussi connus comme des membres de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, mais ceux dans l'émission n'en font pas partie, la polygamie ayant été abolie dans l'Église officielle.

La série est arrivée à sa fin tout récemment et mis à part quelques problèmes que j'ai avec sa fin abrupte (tout de même moins abrupte que celle de The Sopranos), je ne suis pas déçu de l'aventure. Une aventure qui a été difficile à commencer, je l'avoue. Maintenant, j'aurais juste voulu que ce qui avait commencé dans la cinquième et dernière saison se développe encore un peu, après tout ce n'était pas rien. Mais bon...

La série suit le quotidien de la famille principale qui vit en ville, parmi des gens qui sont généralement des mormons de l'Église et qui n'acceptent donc pas la polygamie. L'audace de Big Love c'est de dire, regardez on existe, on est polygames et on n'est pas comme les autres. On ne cause pas de trouble, on se recherche juste une place pour vivre, a-t-on le droit? Évidemment, ils ne vont pas crier sur les toits qu'ils sont polygames, ils tentent de le cacher. Ils veulent se faire accepter, mais ils ne le peuvent pas. Chaque saison se centre sur un problème principal qui risque de faire éclater la vérité, sur des problèmes dans la communauté fondamentaliste que le père de la famille souhaite faire évoluer hors de ses racines corrompues et plus les saisons avancent, plus celui-ci souhaite trouver une façon de se faire légitimement accepter. C'est un voyage progressif.

Photo promotionnelle de l'ensemble des acteurs réguliers de Big LoveLes personnages sont Bill Henrickson (et croyez-le ou non, ses femmes sont peut-être plus importantes que lui dans la série), le père de la maison, et de ses femmes : Barb, la première femme, Nicki, elle provient d'une communauté fondamentaliste et est arrivée alors que Bill a trouvé une raison de devenir polygame, et Margene, la plus jeune de par plusieurs années. Il y a aussi une pelletée d'enfants venant de l'un ou l'autre de ces mariages, mais on se concentre plus précisément sur le plus vieux fils, Ben, et en partie sur Sarah. Je ne peux vous parler de tous les personnages, il y en a trop.

Est-ce que c'est un défaut? Oui en quelque sorte, c'est certain qu'il y a des séries où les personnages évoluent plus rapidement et où on en apprend plus. Dexter, par exemple, est presqu'entièrement dévoué à explorer ce qui se passe dans la tête du personnage principal. Dans Big Love, c'est un peu toujours pareil du début à la fin. Ceci dit, les personnages évoluent moins, mais ils commencent forts, ils ne sont pas unidimensionnels. Si l'on compare la toute fin avec le début il y a certainement un long trajet qui a été parcouru et la série réussit mieux à traiter sa multitude de personnages que la plupart des autres séries le feraient dans le même cas. Je veux dire en gros que tout semblait indiquer que ça allait être le chaos total et une série inférieure n'aurait pas su quoi faire avec tout cela, alors que même si ce qu'on a n'est pas parfait, ça fonctionne plutôt bien ici.

Bill est quelqu'un qui recherche la paix et le meilleur pour sa famille, mais il est aussi déterminé à arriver au but qu'il s'est fixé, même si cela veut dire qu'il n'atteindra pas cette paix. Ouvrir le chemin pour les autres est plus important que sa propre vie.

Barb est la plus sage, ne faisant pas de dépenses inutiles elle gère tout. On sent un petit malaise de temps à autre dans sa relation. Elle et Bill n'étaient pas polygames au départ, mais elle aimait tellement Bill qu'elle l'a suivi quand il a changé d'idée. On pourrait ainsi dire qu'elle est soumise, mais ce n'est pas aussi simple dans cette relation. Il y a un véritable amour réciproque entre elle et Bill et il n'est pas un mari abusif. Toutes ses femmes ont des droits, ce qui brise le moule stéréotypé qui aurait pu être du mâle dominant sur ses femelles. Les mormons de la communauté fondamentaliste sont généralement plus de ce genre.

Nicki fait des dépenses folles, elle est impulsive, colérique et manipulatrice. Elle a vraiment été gâchée par la communauté fondamentaliste polygame d'où elle provient, d'autant plus que son père était le prophète. Elle croit tout simplement qu'elle a des droits que les autres n'ont pas ou qu'elle a tout simplement raison quand elle a clairement tort. Elle a encore la mentalité de la communauté et elle a de la misère à la laisser tomber. Le pire c'est qu'elle ne veut pas s'avouer ses problèmes. Son personnage est correct pour contrebalancer ce qui se passe entre les trois femmes de Bill, pour amener quelques conflits et tout, mais d'un œil extérieur on se demande franchement comment Bill a pu tomber amoureux d'elle. Elle s'habille TOUJOURS de manière fade et vieillotte, comme les femmes de la communauté dont elle provient.

Margene représente la jeunesse même. Elle est excitée, elle ne sait pas vraiment prendre ses propres décisions et elle ne sait même pas dans quoi elle s'est embarquée. Elle ne comprend pas vraiment ce en quoi elle est supposée croire dans sa nouvelle religion. Elle est juste heureuse d'avoir une famille qui la soutient. Trois femmes très différentes qui apportent une belle dynamique lors des chicanes familiales.

Il y a une panoplie de "méchants" qui proviennent généralement de la communauté fondamentaliste. Le prophète, sa femme principale Adaleen et leur fils Alby. Ils sont tous apparentés à Nicki et cela amène un conflit intéressant. On sait clairement qu'ils sont dans le tort et que le prophète n'est pas vraiment un envoyé de Dieu, mais plutôt un homme malhonnête qui exerce ses croyances sur ses prochains. Alby est un personnage plutôt intéressant, car il est corrompu, mais il n'a pas vraiment le charisme du méchant. Plus les saisons avancent et plus il devient intéressant, sans devenir aimable. Je ne vous révélerai pas tous les détails sur lui évidemment. Adaleen est plutôt la "méchante" standard de son côté, rien de vraiment original.

Il y a des personnages secondaires près de Bill, comme sa mère, son père et son frère qui vivent tous sur la communauté. Le frère de Bill n'est pas vraiment polygame et il a du mal à s'intégrer. La mère de Bill est une vieille femme un peu insupportable, mais c'est aussi une femme forte qui tient tête à son mari et qui se fout de lui. Elle tente même de le tuer à plusieurs reprises, c'est vraiment spécial et hors du commun. Le père de Bill mérite presque de se faire tuer justement tellement il est un vieil homme sans cœur qui ne pense qu'à lui et qui souhaite faire du mal aux autres et surtout à ses femmes. Je trouve qu'à la dernière saison, la relation particulière entre la mère et le père de Bill est perdue. Le frère de Bill aussi finit par être oublié ainsi que Sarah. C'est le problème quand on a trop de personnages.

L'autre problème majeur et qui est la raison pourquoi je commençais en disant que l'aventure a été difficile à commencer, c'est que c'est long. J'avais entendu des bonnes choses sur la série et le sujet m'intéressait. Je suis un athée qui est fasciné par la religion et l'humain après tout. Mais au début, ce n'est pas très palpitant. Un mormon fondamentaliste, donc qui suit sa religion pas mal au maximum, c'est quelqu'un de plutôt relaxe qui ne fait rien d'extravagant et qui prie avant ses repas. Même la dimension des trois femmes n'est pas ce qu'il y a de plus intéressant dans la série, c'est juste une différence qui permet d'amener le thème d'acceptation qu'on essaie de nous communiquer.

Le plus gros problème est la quantité de personnages qu'il faut introduire. Il faut que l'on comprenne un peu la personnalité des personnages et que l'on s'attache à eux pour que ce qu'ils fassent nous soit intéressant dans une série de ce genre. Ça fait quelques épisodes d'une heure qui semblent un peu ennuyants au début, ne servant qu'à l'introduction. J'ai persévéré un peu plus que je l'aurais normalement fait, car je savais que ça avait du potentiel et j'avais l'espoir confirmé que ça allait déboucher.

C'est quand la série touche à ce que la religion interdit que c'est plus intéressant. L'homosexualité, les relations hors mariage, même le simple fait que les mormons n'aiment pas nécessairement les croix comme les catholiques en portent parfois. Il y a beaucoup de questionnements. Est-ce correct de la part du père d'interdire à son fils bourré d'hormones de ne pas explorer sa sexualité? Y'a-t-il du mal à la polygamie quand on regarde ce qui se passe sur la communauté? Par exemple, ces femmes qui semblent si soumises le sont-elles vraiment contre leur gré? Devrait-on faire quelque chose ou leur accorder la liberté de religion?

Les conflits entre la famille de Bill qui vit en ville et le manque de volonté de la communauté fondamentaliste à évoluer créent une tension énorme. Ça passe de mormons religieux fades et ennuyants à du vandalisme, des tentatives d'assassinat et des jeux de manipulation. Ce n'est tout de même pas une série du genre action, il y a beaucoup plus de dialogues et de questionnements que d'autre chose. Ce n'est pas pour tout le monde et il est très difficile de savoir si ça peut être pour vous peu importe ce que je dis, à moins que vous ne l'essayez.

La série a été critiquée par des membres de l'Église pour montrer des sujets avec lesquels ils ne sont pas d'accord et pour davantage ternir leur réputation. Premièrement, la série se centre sur des gens qui ne sont pas des membres de leur Église, mais surtout je me fous pas mal de ce qui pourrait ternir leur réputation selon eux. Personne n'est en dehors de la critique, y compris le pape Been-a-Dick et même l'un des athées les plus connus, le biologiste Richard Dawkins.

4 étoiles sur 5

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