mercredi 9 février 2011

Falling Down

Affiche de Falling DownPour célébrer la rémission du cancer de Michael Douglas tout récemment (et en espérant que la maladie ne revienne pas), parlons de ce film dans lequel il incarne un rôle inorthodoxe à la perfection, mais tellement plus spécial car il nous démontre par le fait même que Joel Schumacher est capable de réaliser un film bon et intelligent. C'est un film d'action violent (mais pas plein de gore), sans vraiment d'explosions, sauf à un endroit. C'est plus centré sur le personnage dérangé.

Remarquez que j'ai dit bon et intelligent, ce qui n'enlève pas que le film contient plusieurs problèmes que j'aurais véritablement souhaité ne pas voir. J'aimerais que ce film soit refait. Non pas un remake, je me réexplique. J'aimerais que quelqu'un fasse un autre film avec pratiquement le même personnage principal et la même histoire, juste avec un script différent, plus travaillé, peut-être un peu plus long. Je ne sais pas si c'est parce que le film n'était pas assez long, mais il manque un peu de backstory selon moi. (D'autres pourraient dire que c'était l'intention.)

Dans Falling Down, on nous raconte l'histoire de William Foster, un homme blanc typique très ordinaire en apparence, mais qui cache des tendances violentes. On ne sait jamais vraiment c'est quoi son problème exact, mais il semble vouloir que le monde fonctionne à sa manière, que la société l'accommode lui personnellement, sinon il devient enragé et utilise quoi qu'il ait en sa possession pour vous donner une leçon. Le film commence alors qu'il fait chaud et que notre personnage est coincé dans un embouteillage; une petite fille le dévisage à travers la vitre de son auto et une mouche le dérange. Vous savez, quand tout va mal. Il respire fortement pendant plus d'une minute et il craque sous la pression. Il sort de sa voiture et il a décidé que pour le reste de son voyage, les choses allaient aller comme il souhaite bien l'entendre.

Le but de son voyage est tout simple et beau : il souhaite visiter sa fille lors de son anniversaire, celle-ci habitant avec sa mère depuis la séparation de ses parents (la femme de William le trouvait susceptible, même s'il ne l'a jamais frappée). Évidemment il n'a pas le droit de visiter sa fille, car sa femme a un ordre de la cour qui l'empêche d'être trop près d'elle. Mais je vous l'ai dit, William a décidé que c'était sa journée et qu'il allait la vivre comme il l'entend.

L'embouteillage est la première chose qui n'arrive pas à le retenir, mais sur sa route à pied il rencontrera une série de gens lui mettant des bâtons dans les roues, que ce soit simplement le gérant coréen du dépanneur du coin qui ne veut pas échanger de la monnaie à William s'il n'achète rien ou le gang de rue qui décide que William a trespassé leur territoire ou encore la caissière d'un fast food qui ne veut pas servir le déjeuner à William trois minutes dépassé l'heure.

William est un personnage vraiment unique dans le cinéma, en partie grâce à la performance de Michael Douglas, mais aussi comment il est écrit. Je crois qu'une force du personnage est qu'il nous pousse à réfléchir. On s'efforce d'essayer de comprendre ce qui l'a poussé à bout. Est-ce sa femme qui l'a mal jugé (après tout elle dit qu'il ne l'a jamais frappée) et le fait de ne plus pouvoir voir sa fille en tant qu'homme innocent l'a rendu violent? Je ne pense pas, car dans des cassettes enregistrées par le passé, on voit qu'il avait effectivement un caractère impulsif.

L'attraction principale du film est de le voir débarquer dans un nouvel endroit avec son arsenal caché (le film fonctionne un peu comme un jeu vidéo, il commence avec rien et obtient de meilleures armes plus il progresse), demander poliment un service, se le faire refuser ou donner de la mauvaise façon, puis la tension monte tranquillement jusqu'à ce qu'il ne soit plus capable de se contenir et il sort finalement une arme pour faire comprendre aux gens qu'il est sérieux. En fait, ça en tant que tel n'est pas l'attraction principale, mais plutôt les commentaires qu'il fait aux gens dans les magasins. Nous pouvons tous partager avec lui cette fois où on a trouvé payer trop cher notre canette de Coke au dépanneur par exemple. Il n'est pas gêné de dire tout haut ce que l'on pense tout bas.

En gros, c'est un peu une critique sociale, aussi une critique de l'endoctrinement du patriotisme américain et du rêve américain. Il est vrai que la société américaine a des problèmes dans son infrastructure qui ont un impact sur toute la culture américaine (et je suis certain que vous trouvez aussi des défauts dans votre société peu importe où vous êtes en ce moment). Le patriotisme aveugle par exemple, je crois que c'est ça qui pousse le personnage à commenter sur l'anglais du gérant coréen dans le dépanneur. Il est insulté que quelqu'un massacre sa langue natale. Ce n'est pas du racisme à l'état pur, surtout qu'il n'est pas en faveur d'un nazi qu'il rencontre plus tard. Le sentiment de liberté et d'égalité des américains, c'est ce qui le dérange encore plus quand quelque chose coûte trop cher ou quand un magasin ne veut pas le servir.

C'est intelligent qu'il y ait un second degré comme ça, même si les scènes où il perd son calme ne sont pas subtiles dans la façon qu'elles sont exécutées et dans les dialogues. Ceci dit, ses commentaires nous les partageons, tout en allant pas à des extrêmes comme lui, et il est amusant de les entendre. Ce n'est jamais un film ennuyant grâce à ces raisons.

Ce pourquoi je voudrais un autre film comme ça, mais mieux fait, c'est qu'il y a des manques majeurs. Il y a des scènes où William aurait pu vraiment se faire tuer, ce qui aurait mis fin à sa route dans le monde réel. On dirait d'ailleurs que les seules raisons pour lesquelles il ne se fait pas tuer, c'est que le film est arrangé par "le gars des vues" pour continuer. Je sais que c'est normal et que plusieurs films le font, mais j'aurais préféré une approche plus réaliste dans ce film en particulier.

Par exemple, il sort une arme et il est tellement confus qu'il la laisse sur le comptoir d'un magasin alors qu'il parle aux gens pour les rassurer (il est dérangé comme ça). Une caissière aurait pu prendre son arme facilement et lui dire que la partie était terminée. Il y a beaucoup de moments comme ça dans le film. On dirait aussi que la plupart des événements ne sont pas un peu arrangés, mais carrément forcés. Tous les gens qui dérangent William pour aucune autre raison que pour qu'il passe à l'acte.

Autre chose, le personnage est tellement confus et violent que je ne comprends pas comment il a fait pour vivre sa trentaine ou quarantaine d'années sans problème (du moins sans avoir fini en prison pour meurtre). Ce n'est pas un seul matin où tout va mal qui modifie complètement notre personnalité. Je sais que des gens décident un jour d'aller faire un shooting dans une école dans notre monde, mais c'est normalement un événement planifié à l'avance dont le but est une attaque concentrée. En fait chez William, le but n'est pas de punir les gens, c'est juste qu'ils sont dans son chemin. On a l'impression qu'il était autant à bout et instable avant le jour durant lequel le film se déroule, mais c'est impossible étant donné qu'il aurait été arrêté bien avant : après tout, il n'a aucune stratégie pour éviter la police et il est à pied. C'est pour ça que je dis qu'il manque du backstory : comment était-il avant ce jour fatidique sérieusement?

Mais c'est quand même un bon personnage et j'aime comment il est difficile de cerner ses limites morales. Il peut vous menacer du bout d'une mitraillette, mais il va quand même vous payer si vous décidez de lui donner ce qu'il demandait. Qui il est prêt à tuer est aussi difficile à marquer, car oui il va se défendre contre un autre homme méchant et violent, mais il ne fera qu'en blesser un autre. Je ne pense même pas qu'il veut vous tuer, en fait je ne sais pas quelles sont ses émotions, un peu comme chez un psychopathe. Belle performance.

Donc un film pas excellent, mais tout de même très bon. À ne pas écouter si vous êtes instable mentalement j'imagine, car il pourrait vous donner des mauvaises idées. Mais de toute façon, je ne suis pas de l'école de pensée que les jeux vidéo et les films peuvent vous forcer à commettre des actes atroces. Si vous êtes déjà mentalement instable, un jour où l'autre quelque chose vous poussera à bout. Le problème vient de vous. Rien de cela n'est souhaitable, mais dans la mesure où c'est inévitable, espérons que votre explosion sera un peu plus comme William et moins comme Marc Lépine, par exemple.

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