samedi 19 février 2011

Devil (2010)

Affiche de Devil (2010)Je me suis longuement demandé si je devais faire une critique de ce film, car c'est un autre Shyamalan récent, donc vous saviez pas mal le résultat d'avance. Puis vous avez probablement entendu partout que le film n'était rien de spécial; vous l'avez même peut-être constaté par vous-même. Mais le fait est que j'aime faire la critique des films de Shyamalan, car c'est l'un des réalisateurs dont je peux le plus facilement reconnaître sa touche unique.

Devil est l'un de ses films bien qu'il n'en soit pas le réalisateur, mais je me dois quand même d'en parler (oui, je sortirai des articles sur le restant de sa filmographie de temps en temps, incluant les bons films, il y en a. Lisez déjà celle sur The Happening, l'un de ses mauvais selon moi.)

Cinq personnes apparemment inconnues l'une de l'autre se retrouvent piégées dans un ascenseur en panne dans un édifice. Une jeune femme, une autre un peu plus âgée, un jeune homme louche, un homme d'affaire et un gardien de sécurité. On dirait une version plus élaborée du «Une fois c'est deux caves qui entrent dans un bar...» C'est donc un film centré sur le développement de ces quelques personnages dans un milieu restreint. Mais je n'ai jamais vu un film de Shyamalan (il a écrit l'histoire) qui contenait des personnages ayant un semblant de réel humain (oui, même parmi ceux que je classifierais comme étant ses bons films), alors aucun attachement possible à ceux-ci et je n'y crois tout simplement pas. Donc pour assaisonner la recette qui serait très fade autrement, on nous fait vite comprendre qu'il y a un retournement de situation (Shyamalan classique!) Le tout pour ajouter au plaisir. L'un de ces inconnus est le Diable! (Malgré son élevage dans les croyances de l'hindouisme, on dirait bien que le temps passé dans une école catholique durant sa jeunesse l'a laissé avec beaucoup de symbolisme à utiliser dans ses films, mais là n'est pas le point...)

Il est impossible d'introduire ce retournement naturellement, alors on utilise l'espagnol croyant de service qui commence par dire n'importe quoi en regardant les caméras de sécurité de l'ascenseur. Il détecte des images complètement pas subtiles qui lui font croire que le Diable est parmi eux, même si ses collègues sont tous sceptiques face à cette révélation. Je suis très sceptique moi-même, mais si je voyais ces gens mourir un à un durant chaque très court blackout dans le film, l'une même pendue en moins d'une minute sans préparation préalable et sans que personne aux alentours n'ait des outils particuliers pour accomplir la tâche (dont la capacité de voir dans le noir), je penserais qu'il y a quelque chose qui ne tourne vraiment pas rond. (Malheureusement pour les croyants, ces choses ne semblent pas arriver de façon aussi intense, surnaturelle et inexplicable que dans les films.) Si l'on combine ça avec la face d'un démon qui ne ressemble aucunement au bruit graphique traditionnel que l'on pourrait retrouver dans un enregistrement vidéo, je pense qu'on a une piste.

Puis il y a un moment où l'espagnol de service (désolé, ce n'est définitivement pas raciste de ma part, c'est juste que c'est exactement ce qu'il est dans le film) "prouve" qu'il a raison, car une tranche de pain avec de la confiture atterrit du mauvais côté sur le sol. Si j'étais si dupe, je serais à la fois juif, chrétien, musulman, hindou, bouddhiste, wiccan, pratiquant du paganisme, croyant en la mythologie Grecque, scientologiste et raëlien... Sans compter que je serais probablement mort après avoir vu que les gens pouvaient sauter aisément d'un édifice à l'autre dans The Matrix...

Les gens dans l'ascenseur ne croient pas qu'il y a un démon parmi eux, mais ils savent qu'il y a un tueur parmi eux et c'est l'occasion parfaite pour paniquer. Qui dit panique dit ne pas se faire confiance. Comment réagiriez-vous dans ce cas-là? Comme tous les humains j'imagine. Vous seriez plus méfiant à révéler certaines informations à votre sujet, voir mentir si vous êtes quelqu'un qui peut avoir l'air louche au naturel (pour gagner la confiance des gens). Vous deviendriez impatient et plus violent au moindre mouvement croche de ceux qui sont littéralement devenus vos adversaires et vous ne seriez pas ouvert à leurs explications.

En gros, à cause de l'élément déclencheur de la révélation «merde, je suis piégé avec un tueur», le développement des personnages, quel qu'il aurait pu être, est ruiné. Mais en fait c'est souvent le cas pour certains types de film et je ne chiale pas tout le temps dans ces cas-là. Je veux juste pointer que l'occasion était parfaite pour faire un simple film bon à conversation avec des individus liés ensemble contre leur gré. Commençant peut-être avec une découverte graduelle de qui ils sont, puis un déroulement plus psychologique alors que l'on passe par les différents états d'esprit à la force d'être pris dans un milieu restreint avec les gens qui commencent à douter de ceux avec qui ils sont (on vous parlera de Das Experiment et des effets rapides que la détention peut avoir sur un groupe d'individus), surtout qu'il y a le traditionnel claustrophobe TOUJOURS là sans faute dans les films de ce genre. Ceci dit, cela ne garantissait pas non plus un bon film et ne pas le faire ne garantissait pas un mauvais film (ou plutôt un film ennuyant qui correspond plus à mon opinion de Devil).

Donc on le traite plus comme un film d'horreur, si l'on part du titre et du fait que le Diable est supposément là pour vrai dans le film, et ça peut être bien ça aussi, sauf que... Prendre le Diable comme excuse pour faire peur, ça ne fonctionne plus vraiment. Même si Devil n'est pas un film d'exorcisme, nous sommes maintenant habitués de voir ces derniers (dont The Last Exorcism qui était différent et c'est pour ça que je l'ai aimé) qui contiennent tous des démons et avec la population mondiale qui devient de moins en moins croyante dans les pays industrialisés, cette peur n'est plus ce qu'elle était.

Juste faire un film qui montre pendant 5 secondes le Diable en 1950, ça aurait effrayé tout le monde profondément du meilleur que je puisse imaginer, mais pas en 2011 (ou 2010 pour la date de sortie du film, de toute manière c'est relativement pareil).

Mais bon, encore là le film n'était pas perdu juste parce que son antagoniste est le Diable et qu'il ne fait plus peur à lui seul. On peut utiliser cette figure mythique dépassée et quand même montrer une imagerie perturbante. Mais non, car la violence se passe dans les scènes de blackout, autant dire hors caméra. Mais même là je peux penser au film The Silence of the Lambs qui contenait une confrontation finale entre la policière et le criminel dans une maison complètement noire. Cependant, on avait été assez intelligent pour nous laisser voir à nous l'audience un peu ce qui se passait, seulement laisser la policière ne rien voir. C'était une scène assez bien réussie selon moi et assez ingénieuse (pas la plus ingénieuse de tous les temps, mais quand même) avec un bon niveau de tension.

On ne peut pas vous montrer vraiment ce qui se passe dans ce film, car l'identité du tueur est un secret. Oui, quel secret! Sans vous le révéler, je vous dis que vous ne pouvez pas vraiment le deviner à l'avance avec un indice évident, mais subtilement caché. Non, et il n'y a pas un sens particulier au tout non plus, c'est juste «Ah, OK...»

Il n'y a même pas vraiment de sons perturbants pour remplacer le manque du côté des images. Juste quelques cris de panique, mais pas des sons qui ne devraient pas être là ou quelqu'un qui me donne l'impression qu'il est en train de se faire éventrer. (Suis-je fou?)

Quand on retourne à la lumière, il y a quelqu'un de mort. Oui, une mort c'est perturbant à la base, mais plus pour les personnages du film que ça l'est pour nous. Soyez pris dans un ascenseur quand cela arrive et ce sera vraiment l'expérience la plus traumatisante de votre vie. En 2011, regardez un film dans lequel le méchant c'est le Diable, mais que vous ne voyez pas ce qu'il fait, sauf qu'il y a des cadavres avec un peu de sang qui s'empilent de temps à autre, et je vous dis qu'il y a place à déception. Et il y a tellement de moments illogiques (je sais, on parle d'une créature illogique, mais bon) : je ne peux pas croire que c'est si difficile que ça de réparer un ascenseur ou d'envoyer une équipe de secours quand on a la police sur les lieux (dans un hasard de circonstances qui n'est pas un hasard en fin de compte).

Je sais qu'ils essaient de les sortir et que ça échoue à cause du Diable, mais tout ce que ce film m'a donné comme impression quant aux pouvoirs de ce dernier, c'est qu'ils ressemblent plus à ceux d'un film de désastre ou de Final Destination qu'à un véritable film d'horreur avec des démons comme j'en ai vus par le passé. Mais le problème, c'est que ce n'est pas un film d'horreur...

C'est un film qui annonce être un film d'horreur d'après son titre et une partie de son contenu, comme je l'ai dit, mais en fait il se veut un thriller mystère (whodunit pour ceux qui connaissent le terme). Il n'échoue pas lamentablement, c'est juste qu'il ne réussit pas le moindrement dans un genre qui a tellement d'exemples réussis si l'on remonte aussi loin que dans les années 60, 50, 40 et même plus tôt.

Comment faire un bon film de ce genre normalement avec le même contenu? Eh bien la base serait de ne pas savoir si le méchant est vraiment le Diable ou un démon quelconque ou encore une créature surnaturelle, enfin vous me comprenez j'imagine. Encore mieux, finir le film en laissant la question ouverte. Mais il s'agit d'un film avec le nom de Shyamalan sur l'affiche, avec une grande emphase sur le fait que le méchant est vraiment le Diable et avec tant de bouts illogiques trop près d'être juste explicables par le surnaturel et un fin qui ne laisse place à aucun doute...

Ce n'est pas dire que le film est si horrible que ça, juste qu'il est tellement OK que ça me répugne. Les acteurs sont de médiocres à passables, considérant les personnages qu'ils incarnent (que je ne peux vous décrire vraiment tellement ils sont unidimensionnels). Il y a des angles de caméra faussement symboliques, mais quand même je dirais que c'est OK en général considérant les restrictions physiques quand vient le temps de filmer quelques individus dans un espace très petit. Les dialogues sont ordinaires, pas naturels (ne pas lire surnaturel ici) et tout est pas mal prévisible à part de savoir qui est le Diable (on dirait vraiment que les acteurs ont tiré à la courte paille pour choisir leur rôle, dont qui serait le Diable).

Vous voyez ce que je voulais dire, ce film est trop OK. D'ailleurs mon opinion initiale quand je l'ai vu était que ce n'était pas si pire que ça, je le trouvais acceptable. Mais même-là je n'étais pas sûr, je ne peux pas dire que je ressentais grand-chose à son propos et je l'avais trouvé mal fait et ennuyant par bouts. Je me rends compte maintenant qu'il était tellement inutile, mais je veux dire vraiment. Je n'ai pas été diverti et je n'ai même pas une haine passionnée à son sujet, le film existe et c'est tout.

2,5 étoiles sur 5

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