jeudi 6 janvier 2011

Black Swan

Affiche de Black Swan

Je suis certain que je suis le seul qui avait des flashbacks de Loom en écoutant le film et sa trame sonore basée sur le ballet Le Lac des cygnes de Tchaïkovski. Là où je suis moins unique, c'est en vous disant que le film est fantastique, ingénieux et un délice à visionner. Aussi, Natalie Portman! Et Mila Kunis!

Je ne suis pas un fan de ballet. Je n'ai rien contre, mais pour moi toutes ces choses plus symboliques, comme la poésie et les toiles, bref l'art qu'il faut regarder ou lire pour ressentir quelque chose, je ne comprends pas particulièrement ça la plupart du temps. Donc encore une fois, aucun point négatif envers cet art, c'est moi le problème dans cette situation.

Je ne vous partage cela que parce que Black Swan contient ce qui peut sembler être beaucoup de scènes de ballet; en fait l'histoire même du film provient d'un ballet, alors je ne devrais pas être intéressé par le film, pourtant je l'ai été étonnamment beaucoup. Tout ceci pour dire que si vous êtes comme moi de ce côté-là, cela ne veut pas dire que vous détesterez Black Swan pour autant (ni que vous l'aimerez si vous ne voyez pas ses subtilités, sans vouloir insulter personne), alors bravo à Darren Aronofsky pour avoir réalisé un film d'une si grande qualité transcendante. J'ai d'ailleurs vu tous les films qu'il a personnellement réalisé et je leur ai toujours trouvé quelque chose à apprécier, dont The Wrestler que j'ai beaucoup plus qu'apprécié, je l'ai même adoré (n'oublions pas Requiem for a Dream non plus).

Certains décriront ce film comme une histoire d'horreur et auront tort, sauf dans le sens où on peut dire qu'il y a un monstre. Je blâme la bande-annonce pour cette fausse impression, car quoi qu'elle ne présente que des scènes qui sont belles et bien dans le film, elle enlève beaucoup de sa subtilité, du contexte et des nuances. Je sais, les bandes-annonces sont faites pour vendre un film, alors on ne présente que les moments les plus accrocheurs et différents.


On nous présente Natalie Portman dans le rôle de Nina Sayers, une jeune ballerine de 28 ans qui souhaite obtenir le rôle-titre de la reine cygne dans le fameux ballet Le Lac des cygnes. Le film est authentique de ce côté-là, en nous présentant plusieurs scènes d'essai qui entrecoupent les scènes où on observe ce qui se passe avec Nina. La trame sonore est évidemment celle du ballet et elle fonctionne à merveille avec le film. La raison est simple, le film EST le ballet ou plutôt il interprète l'histoire derrière le ballet dans un autre contexte, celui de Nina.

Je vous parle des personnages, il y a Nina. Elle cherche évidemment le rôle-titre de la pièce et elle est reconnue pour sa perfection, sa fragilité et son incapacité à se détendre. Lily, la doublure de Nina dans la pièce et le cygne noir symbolique, est son contraire absolu. Le responsable du ballet est quelqu'un de très demandant qui recherche la perfection absolue qu'il ne perçoit pas chez Nina. Il y a des scènes que de tension sexuelle entre lui et Nina, on pourrait dire, mais en fait c'est plus subtil que ça. Il cherche plus à lui faire comprendre quelque chose qu'à vraiment coucher avec elle, une facette que j'ai rarement vue dans un film américain. La mère de Nina est difficile à saisir. Notre première impression peut être qu'elle est très étrange, contrôlante et peut-être même malade psychologiquement, mais pour moi elle est indicatrice de plus que ça, je vous en reparlerai.

Maintenant, je me dois de vous parler de la pièce, Le Lac des cygnes. C'est l'histoire d'une princesse qui a reçu une malédiction qui fait qu'elle se transforme en cygne. Le seul véritable remède à ce sort est l'amour véritable qu'elle retrouve chez son prince. Seulement, le prince est trompé et séduit par le cygne noir (Mila Kunis) qui se fait passer pour le cygne blanc (Natalie Portman). Le cygne blanc, voyant qu'elle a perdu son prince à jamais, se suicide.

On vous raconte cette même histoire assez tôt dans le film (après tout vous devez savoir pour quel ballet notre personnage principal auditionne), ne prenez pas ceci comme étant un spoiler.

Ce que je ne vous dirai pas, c'est comment on transpose cette histoire dans le monde réel sur Nina, quoique la bande-annonce vous en dise plus que ce que je voudrais, elle vous en dit même plus que la vérité. Voyez-vous, il s'agit d'un film intelligent. À la surface, il est facile de juste se dire : «Hein, qu'est-ce que je regarde? Ça ne tient juste pas debout!» À un niveau similaire, il est facile de juste le voir comme un film d'horreur, car il n'a pas nécessairement l'air d'être subtil. Si vous regardez toujours vos films pour le divertissement sans penser à ce qu'il se passe (aucune insulte en passant, c'est une façon d'écouter le cinéma comme une autre), eh bien vous voyez ce que vous voyez et c'est ce qui se passe et c'est un film d'horreur sans passer proche de contenir assez d'horreur pour être intéressant.

La véritable façon de comprendre le film me semble volontairement dissimulée, et c'est de là que provient la qualité et l'intelligence du scénario. Oui, ce que l'on voit pourrait être bel et bien réel, ce qui en ferait un genre de film d'horreur si l'on veut. Plus intéressant pour moi, le côté thriller psychologique : le personnage pourrait être gravement touché même avant le début de son audition et la pression pourrait être en train d'aggraver son état. La beauté dans tout ça, c'est que l'on ne dit jamais clairement ceci dans le film; ce n'est pas comme si un psychologue arrivait et dirait que Nina a déjà été internée durant son enfance. Ce n'est que mon interprétation via les comportements de sa mère surprotectrice et comment elle réagit face aux moindres changements chez Nina.

Le film est tellement bien fait qu'il laisse place à une multitude d'interprétations et ceci même jusqu'à la fin pour une fois (j'ai vu tellement de films de ce genre être ruinés en nous disant à la fin : «Vous voyez, c'est ça qui se passait vraiment.») J'ai d'ailleur trouvé une autre interprétation : Nina se fait vraiment harceler, manipuler et droguer par la ballerine qui interprète le cygne noir, comme elle tente de le dire à une occasion. En fait pour la partie droguer, il y a une scène où il y a définitivement consommation de drogue, mais pas assez pour nous laisser vraiment croire que c'est la source du problème, juste assez pour placer le doute.

Juste pour pousser à fond, il y a l'interprétation purement artistique/symbolique : c'est une transposition de l'histoire de la pièce d'origine dans un monde moderne et réel et il n'y a rien vraiment à chercher ou comprendre, il faut juste savourer ce qui se passe, ce que l'on voit, ce que l'on entend et ressentir quelque chose. Je sais que j'ai dit que c'était exactement ce qui ne fonctionnait pas pour moi dans certaines formes d'art, mais c'est surtout quand il n'y a rien en accompagnement. Dans ce cas-ci, je regroupe une partie de mon explication psychologique et une partie de symbolique et j'ai vraiment ressenti la puissance du film.

Ça aide que j'aime tant la magnifique Natalie Portman (à laquelle je pardonne sa présence dans les préquelles de Star Wars) et qu'elle porte si bien son rôle de femme fragile après V for Vendetta (du moins elle passe par un moment de fragilité dans ce film et ici elle a l'air très mince, probablement pour le rôle de ballerine après tout). Il ne faudrait pas oublier que les autres performances soutiennent bien son rôle (particulièrement le responsable de la pièce pour moi) et forment un contraste avec son état. Mais même si elle est plus tranquille et refermée, c'est son personnage qui a le plus d'importance en bout de ligne.

Pour un film que j'ai tant aimé, j'ai été sceptique de mon appréciation de celui-ci dans peut-être les 20 premières minutes ou un peu plus (je vous le rappelle, je me fous du ballet, même si la musique classique derrière ça est puissante et une que j'apprécie vraiment dans le cas de cette pièce en particulier). C'est avec une vision globale des choses seulement que j'en suis arrivé à cette conclusion.

Finalement, encore une fois, pour un film que j'ai tant aimé, je ne peux vous garantir que vous allez autant l'aimer dépendant du type de spectateur que vous êtes. Je sais que ma mère l'a trouvé ennuyant par exemple, car elle préfère un film qui est plus directement une comédie, un drame, un film d'action, etc., pour les autres qui recherchent quelque chose d'un peu plus poussé (pas toujours quand même) et moins directement divertissant, ceci devrait vous plaire intensément. Et ce n'est pas non plus dire que c'est du niveau de complication parfois difficile à tolérer pour certains d'un film comme Pi (du même réalisateur).

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