dimanche 20 juin 2010

Six Feet Under

Photo promotionnelle de l'ensemble des acteurs réguliers de Six Feet Under

Maintenant pour quelque chose de complètement différent, Six Feet Under. Peu de séries peuvent se vanter de traiter de sujets lourds et même suscitant la controverse à chaque épisode en plus d'être réaliste et d'avoir l'une des meilleures finales de tous les temps, tous médias confondus.

On y explore plusieurs thèmes, dont les drogues, l'homosexualité et les croyances religieuses (très rarement la politique excepté légèrement plus dans l'un des derniers épisodes), mais le point central de la série est la mort, puisque nous y suivons la vie courante de la famille d'un directeur de pompes funèbres qui doivent s'occuper de son entreprise après son décès. C'est un drame pur, avec quelques moments comiques, mais qui sont normalement suivis d'un coup dur pour les personnages. Ceux-ci sont extrêmement bien écrits en tant qu'humains auxquels on peut croire, avec l'excellente performance de tous les acteurs, y compris Michael Hall de la toute excellente série Dexter. Son personnage est complètement différent ici, même s'il y a le lien de la mort.

Ceci dit, ce n'est pas parce que vous aimez Dexter que vous aimerez Six Feet Under. Dans la série dont je vous parle, il n'y a généralement pas d'action ou de suspense intense (comme dans Dexter lorsqu'il pourchasse sa prochaine victime) et il s'agit plus de suivre pendant 5 ans (5 saisons) la vie de nos personnages qui passent du secondaire au collégial, d'une vie frivole à directeur de pompes funèbres, d'une relation amoureuse à une autre, d'un événement accidentel de la vie à un autre. Il s'agit aussi de ressentir un ensemble d'émotions. Ce sont deux séries d'une qualité comparable, mais avec un feeling général très différent.

Chaque épisode commence normalement avec une mort et il y a peu d'exceptions, très peu. Cela nous montre un peu la fragilité de la vie, à quel point nous pouvons mourir de n'importe quoi n'importe quand (imaginez vous roulez dessus avec votre auto alors que vous êtes vous-même au volant!) Il y a peut-être aussi un élément froid dans tout ça, on nous montre toujours l'année de naissance et de mort aussitôt que l'événement se produit, sans laisser trop le temps aux émotions de l'entourage du mort d'avoir lieu (on les verra plus tard), comme si dans le fond nous étions de simples machines réduites à une date de fabrication et d'expiration, et c'est un peu vrai. Ce sera habituellement le cadavre de la personne décédée au début qui aura à être arrangé puis exposé. Il y a toujours une visite d'une ou plusieurs connaissances avec qui il y a une discussion pour l'exposition, nous montrant à quel point les demandes des vivants peuvent devenir ridicules face à l'enterrement du mort qui se fout complètement de quoi que ce soit. Un vivant, c'est si compliqué...

Ces moments sont utiles pour faire comprendre quelque chose aux personnages. Mais surtout, ce sont les personnages justement sur qui il faut centrer votre attention plus que sur le cadavre et ses proches différents à chaque épisode. Le développement des personnages est constant d'un épisode à l'autre et il se suit logiquement en plus d'être réaliste (pas comme dans Fringe ou plusieurs autres séries par exemple où les personnages sont souvent mis en arrière-plan au moins pendant quelques épisodes). Aussi, il arrive très souvent que nos personnages voient et parlent aux personnes décédées, mais vous comprendrez que ce ne sont pas vraiment des fantômes, plutôt une représentation extérieure d'un dialogue qu'un personnage a avec lui-même. C'est plus intéressant que d'entendre sa pensée en écho ou de le voir carrément se parler tout seul. C'est un peu comme si la mémoire que nous avons des personnes décédées n'est pas vraiment eux, mais plutôt une facette de notre propre personnalité.

Maintenant, si vous faites partie du groupe qui n'est pas du tout intéressé par ce concept, il n'y a aucune chance que vous aimiez la série, c'est ça la série. Par contre, si vous aimez ce genre, la seule question qui reste est : «Est-ce que les personnages valent la peine d'être suivis?» La réponse est un OUI absolu, car à la toute fin de la série, vous aurez devant vous un ensemble de gens qui ont évolué devant vous sur 5 réelles années (j'aime à quel point la série se force de se situer dans le temps où elle a été faite en nous montrant une bande-annonce d'un vrai film de l'époque ou en parlant de la présidence de Bush), pour lesquels vous avez développé une réelle affection, pour lesquels vos opinions pourront constamment changer même dans les 3 derniers épisodes et finalement, vous en connaîtrez plus sur chacun d'entres-eux que pour les personnages de n'importe quelle autre série.

Michael Hall joue le rôle de David Fisher, frère de Nathaniel Fisher Jr., fils de Nathaniel Fisher Sr., directeur de pompes funèbres qui décède lors d'un accident dans le premier épisode. David s'occupait déjà de l'entreprise avec son père, alors une part lui revient. Au début, nous le connaissons comme un personnage très à son affaire qui déteste justement ce qui ne semble pas approprié. Il porte respect et attention aux cadavres qui entrent dans sa demeure (aussi où le salon funéraire se situe) et demande la même chose de son employé, Federico. Il cache aussi un secret à sa famille, il est gai. Son copain est un policier noir nommé Keith. Alors que la série progresse, nous nous rendons compte que David est du genre renfermé et il a de la misère à partager ses émotions ouvertement. Néanmoins, son personnage conserve cet aspect, mais il évolue en quelqu'un qui peut avoir plus de plaisir à vivre sa vie, moins coincé.

Keith ne l'aide pas de ce côté-là puisqu'il a lui-même des problèmes avec sa colère (il n'est jamais violent avec David par contre, il a juste des sautes d'humeur). À travers la série, Keith essaiera de se racheter et d'apprendre à contrôler ses problèmes, avec beaucoup de difficulté. Bien que certains dirons que David "fait la fille" dans le couple, ce n'est pas vraiment ça. C'est un couple comme un autre, qui s'aime et où chacun doit faire sa part. Une chose que j'ai remarqué avec la série, c'est qu'il n'y a pas de couple parfait comme dans plusieurs autres séries, c'est très réaliste et les émotions le sont aussi. Une autre chose à remarquer, c'est que personne ne change vraiment, comme dans la vraie vie, c'est plus notre opinion envers eux qui se modifie peu à peu, pour le meilleur ou pour le pire.

Il est difficile de déterminer quel est le personnage principal, mais un peu comme dans Lost on peut sous-entendre que c'est Jack, dans Six Feet Under nous pouvons dire que Nathaniel Fisher Jr. ou simplement Nate serait le plus près de ce rôle. Il est le fils rebelle qui avait quitté la maison pour ne pas avoir à participer à l'entreprise de son père. C'est en rendant visite à ses parents pour fêter Noël qu'il apprend que son père vient de mourir et qu'il lui lègue la moitié de son entreprise. Un peu par pitié pour le chagrin de sa mère, il accepte de rester au lieu de retourner immédiatement à sa vie frivole. Il regrettera ce choix par moments et l'appréciera par d'autres, mais sont personnage est le plus complexe et le plus troublé. Je dois dire qu'il est très crédible dans son rôle, il est juste une de ces personnes qui ont de la misère à supporter des épreuves et il s'adonne que la vie lui en réserve plusieurs. Ça fait presque mal de lui voir arriver tant de mauvaises choses comme vous le verrez si vous écoutez la série, voir son personnage se détruire, ne jamais pouvoir trouver le bonheur.

Lors de son voyage, il a couché avec une inconnue nommée Brenda. Contre toute attente, la chose se transformera tranquillement en un peu plus qu'une aventure, ce qui le poussera encore plus à rester malgré lui, mais Brenda s'avèrera être plus de trouble que de joie. La famille de celle-ci est peu orthodoxe et son frère est très près d'elle en plus d'avoir un problème sérieux dans son humeur (trouble bipolaire).

La mère de Nate et David, Ruth Fisher, est un personnage très intéressant. Elle n'a pas vraiment eu la chance de vivre une longue jeunesse frivole, comme son fils Nate, car elle est tombée enceinte de celui-ci à l'âge de 19 ans et elle a dû se marier à la même occasion. Maintenant que son mari est décédé, elle aura l'occasion de découvrir qui elle est, même si elle est dans la cinquantaine. En quelque sorte, elle nous montre qu'il n'est jamais trop tard pour vivre, ce qui est moins évident qu'il le semble pour certains et ne sera jamais compris par d'autres. Ruth tentera sa chance avec d'autres hommes, le problème principal étant le même que pour ses fils, elle recherche la perfection et elle cherche trop à se faire aimer. D'autre part, son personnage est très similaire à celui de David au commencement, puis elle se fait des amies et apprend à accepter plus de chose et à s'amuser, à vivre pour elle. C'est un personnage très crédible aussi, ce n'est pas comme si elle devenait plus ouverte du jour au lendemain ou même en une seule saison, mais avec l'influence prolongée des autres. Elle a des brèves sautes d'humeur qui deviennent drôles.

Claire Fisher est la cadette de la famille. Alors que Nate doit apprendre à arrêter sa vie frivole d'autrefois, Claire la commence. Elle est au secondaire au début, puis elle progresse au niveau collégial en arts (photographie) et finalement elle est prête à travailler à la fin. Certains trouveront plusieurs objections à son style de vie, comme l'abus de drogues (dans le premier épisode, elle apprend la nouvelle du décès de son père alors qu'elle vient de prendre du crystal et elle fume constamment du cannabis sans hésiter à essayer d'autres drogues de party à l'occasion) et les gars dont elle tombe amoureuse sont souvent clairement dangereux, sauf à ses yeux. Elle est extrêmement libérale et en quelque sorte, elle voudrait peut-être que le monde s'adapte à elle plutôt qu'elle au monde, que la vie choisisse son chemin pour elle.

Je pense que son personnage est aussi très intéressant même s'il est loin d'être le plus important de la série. Ses gestes ont des conséquences et elle aura à apprendre à vivre avec, mais je parle de d'autres gestes que de simplement fumer un joint. Bravo à la série pour ne pas avoir employé le territoire si souvent vu de juger les gens qui prennent certaines substances pour passer un bon moment. Ici c'est plus neutre comme point de vue, pour y ajouter un ton plus personnel je dirai que le seul problème est peut-être qu'elle en prend quand même un peu trop fréquemment, mais elle est libre de le faire et ça ne l'empêche pas de se faire une vie en bout de ligne.

Elle pourrait aussi vous rappeler une époque où vous ne saviez même pas ce que vous vouliez étudier, ce que vous vouliez faire. Une époque où vous ne compreniez pas comment faisaient les autres pour s'intégrer à la machine sociale. Encore une fois, son personnage ne change pas vraiment (peut-être même moins que les autres), c'est juste qu'il s'adapte aux situations de la vie selon ses restrictions personnelles, mais n'embarquons pas dans un débat sur l'existence du libre arbitre ou non.

Federico, l'employé de David et Nate, est un personnage secondaire qui devient plus important alors que la série progresse. Plus clairement que les autres, j'ai trouvé que je l'appréciais au début et qu'il perdait de mon appui avec le temps, une preuve que l'argent peut changer une personne quand il devient partenaire au salon funéraire (après tout, il était le plus talentueux pour reconstruire les cadavres). Mais à la finale spectaculaire de la série, je me suis aperçu malgré moi que je tenais à tous les personnages, incluant le sien. C'est soi un argument pour l'excellence de la finale ou l'excellence des personnages, mais je dirais plus précisément qu'il s'agirait d'un argument pour l'ensemble, l'excellence de la série.

Les deux autres pour lesquels mon opinion a le plus changée sont probablement Brenda et Nate, dans des directions complètement opposées. Très intéressant, car en général dans n'importe quel film ou série que j'écoute, il n'y a que des personnages que j'aime du début ou du milieu (quand j'apprends à les connaître) à la fin et ceux que je déteste, ainsi que ceux pour lesquels je suis indifférent. Dans cette série, je peux en apprécier un, ensuite le trouver énervant, puis avoir pitié pour lui, retrouver ce que j'appréciais en lui et finalement le détester ou ne pas particulièrement l'apprécier. Il n'y a pas vraiment un personnage sur lequel je n'ai pas une opinion, même les personnages secondaires (les personnages les moins développés étaient peut-être les méchants de la première saison, qui cherchaient à acheter le salon funéraire). C'est véritablement une série à émotions, beaucoup d'émotions.

Je n'ai pas vraiment besoin de décrire le focus de chaque saison, car elles suivent un flot naturel et ce n'est pas comme dans Lost par exemple où il y a un nouveau grand mystère à chaque fois. La vie de nos personnages se poursuit comme d'habitude, mais nous commençons à les connaître mieux et ils deviennent plus intéressants. Une saison à une autre peut plus être représentée par un gros coup qui arrive à un personnage et qui lui fera réévaluer sa vie.

Si c'est le moindrement votre genre de série, le point vendeur le plus fort au-delà des personnages est la finale. Je l'aime tellement que je ne veux pas vous en parler de peur de vous gâcher la moindre chose. Elle est un peu prévisible étant donné le quotidien de la série, mais elle est tellement mieux réalisée que ce que j'avais en tête et encore plus poussée qu'elle est l'une des meilleures finales de tous les temps. C'est une série qui a une fin, une vraie fin. Sans avoir suivi les personnages, elle n'a rien de mystérieux ou d'extraordinaire, mais elle prend tout son sens après 5 saisons. Vous n'aurez même pas le temps de comprendre vos émotions alors que les événements se défileront rapidement devant vous. C'est génial et mieux que tout ce à quoi je m'attendais, la meilleure fin pour une série dramatique, surtout une qui a constamment exploré des terrains de tristesse et désespoir, voir un quotidien assez dépressif.

Un dernier conseil, qui s'applique plutôt à toutes les séries, écoutez plus d'un épisode. Il faut laisser le temps aux personnages de prendre de l'importance pour nous et il y a quelque chose de différent dans le feeling du premier épisode, autre que tout doit être introduit. Par exemple, il y a des publicités fortement sarcastiques et humoristiques pour des produits utilisés dans les morgues, mais le reste des épisodes n'est pas comme ça du tout.

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