mardi 1 juin 2010

The Room

Affiche de The RoomQuelle affiche horrible qui représente mal le film! Il s'agit de l'acteur "principal", mais ses yeux ne sont normalement pas placés comme ça et on dirait vraiment quelque chose de dark, en tout cas... Vous avez déjà entendu que le génie s'approche de la folie, n'est-ce pas? Eh bien, jamais cette expression n'a été plus vraie qu'avec The Room. Sauf que j'ai normalement l'impression que l'on emploie cette expression dans le cas d'un savant fou qui fait quelque chose d'horrible ou qui semble inexplicable pour nous, alors que dans le cas de The Room, c'est la pure folie de Tommy Wiseau, le directeur du film, qui a créé quelque chose d'horrible et génial à la fois.

C'est l'une des plus brillantes comédies jamais écrites (en quelque sorte) et pourtant, c'est l'un des drames et films en général les plus mal écrits que je n'ai jamais vus. C'est un film qui est plaisant à écouter en groupe (à moins que ce ne soit vraiment pas votre truc), mais c'est véritablement un film atroce sans mérite. Si ça ne fait pas de sens, dites-vous que le film en fait probablement moins.


Certes, Tommy Wiseau, acteur, directeur et producteur du film, a dit qu'il s'agit d'une comédie noire qui traite des relations humaines, après sa sortie, mais c'est dur à croire. Il n'y a aucune ligne dans le film qui laisse croire à quelque chose de drôle ou même le semblant d'une blague, ni même une scène intentionnellement cocasse. Je ne veux pas dire qu'il n'y a rien de drôle, mais ce n'est pas intentionnel, ça c'est certain. Vous allez retrouver plusieurs clips plus bas pour mieux comprendre ce que je décris, car il faut vraiment le voir pour le croire. Soyez avisé que si vous les écoutez tous, vous aurez vu une bonne partie de l'intérêt du film, mais il peut quand même être drôle de voir l'œuvre dans son ensemble.

Le scénario à la base est vraiment dramatique sur papier, même si peu original (Tommy Wiseau sembler penser autrement dans ses entrevues). Dans les bonnes conditions, avec de bons dialogues et de meilleurs acteurs, ça aurait été un drame peu original, mais sans aucun doute un drame. On nous y raconte l'histoire de Johnny, un banquier de San Francisco qui vit en couple avec son âme sœur Lisa depuis quelques années. Ils sont sur le point de se marier et du point de vue innocent de Johnny, bien que sa carrière et sa vie ne se déroulent pas complètement comme il le veut, son couple le supporte et ne pourrait aller mieux. Cependant, Lisa est secrètement très manipulatrice, profitant de l'innocence de ce dernier. Elle décide de sauter sur l'occasion et elle le trompe avec son meilleur ami. Elle commence aussi à avoir des doutes sur son intérêt à se marier avec Johnny (parce qu'elle le trouve ennuyant croyez-le ou non, même s'il la supporte complètement), doutes dont elle lui fait part. Est-ce que Johnny découvrira le secret de Lisa et de son meilleur ami? Comment le supportera-t-il si la réponse est oui?

Vous voyez, c'est véritablement un type de drame très commun et si vous verriez comment le film se déroule, il n'y aurait aucune chance que vous preniez le film pour une comédie noire par accident. En plus, il n'y a pas vraiment de message, autre que la femme de Johnny est extrêmement evil et qu'elle est la cause unique de son déclin (ce n'est pas comme s'il pouvait la laisser et passer à autre chose). Mais quel est le secret du phénomène (surtout aux États-Unis) qu'est The Room?

Affiche du RiffTrax de The RoomEh bien, un peu comme le mythe de Samson nous disait que celui-ci tirait sa force herculéenne de ses cheveux, The Room tire tout son intérêt dans ses défauts, contre toute attente. C'est l'exemple parfait du "c'est tellement mauvais que c'en est bon" et même si moi-même je ne suis pas particulièrement attiré par cette formule à tout coup (quoique sûrement plus que la moyenne), j'aime écouter The Room. L'écouter seul n'est probablement pas recommandé, cela risque d'être ennuyant, car The Room est une expérience à vivre avec d'autres humains qui riront à des endroits différents et auront des commentaires à faire sur cette atrocité. Télécharger le RiffTrax peut simuler un groupe avec lequel vous ne pourrez malheureusement pas interagir, mais sinon invitez vos amis à subir la torture avec vous. Plus on est de fous, plus on rit! (Et le film vous fournit déjà 3 ou 4 fous...)

La torture qu'est The Room repose sur plusieurs facteurs, mais dans le cas d'un film il faut commencer par les performances des acteurs. Elles sont mauvaises en général pour plusieurs raisons, mais elles pourraient presque toutes être tolérables, sauf pour le manque de nuances dans les émotions des acteurs passant d'un extrême à un autre (Tommy Wiseau est vraiment pire à un autre niveau dans ce département). Une chose qu'il faut bien comprendre, c'est que le texte du film est impossible à rendre naturel et on dirait que les acteurs ont été ordonnés de ne pas réinterpréter les lignes à leur propre façon, de les lire telles qu'elles sont écrites.


L'accent de Tommy Wiseau ne peut être décrit autrement que de dire que c'est un accent européen. Non, je ne veux pas dire français, espagnol ou allemand, on dirait un mélange impossible à identifier (en plus, il ne veut pas dire d'où il vient précisément). J'ai quasiment l'impression qu'il a mal quand il parle (version anglaise et je n'ai pas l'impression qu'il y a eu une sortie française, c'est un film indépendant avec un budget très limité de 6 millions), mais pourtant on arrive assez facilement à le comprendre, c'est juste drôle. Parfois (ou assez souvent) aussi, on dirait qu'il parle comme s'il avait trop bu d'alcool, sans blague, ou comme s'il avait un retard mental. C'est juste étrange qu'il joue un rôle important qui est supposé requérir le plus d'émotions étant donné qu'il change de complètement heureux à de plus en plus colérique et triste. L'intelligence de Wiseau est matière à discussion, mais je pense que c'est surtout qu'il ne maîtrisait pas suffisamment le langage pour écrire quelque chose de bon, ce qui est le problème principal du film.


En plus, quand je disais qu'il semblait attardé mental dans sa façon de parler, c'est aussi dans sa performance en général. Il dit pourtant avoir étudié l'art d'acter dans des endroits prestigieux et avoir été influencé par des acteurs comme James Dean et Marlon Brando. Voyez qu'il a comme ce petit rire inconfortable un peu tout le temps pour remplir les vides ou quand il ne sait pas trop comment réagir. Même quand un personnage lui parle d'une femme battue il rit de la même façon (même plus de bon cœur que d'habitude).


À chaque fois qu'il aperçoit quelqu'un, il le salut de la même façon innocente : "Oh hi Denny! Oh hi Mark! Oh hi Claudette!" Il est exquis de le voir vraiment frustré et fâché envers Lisa pour devenir INSTANTANÉMENT amical quand il aperçoit Mark (son meilleur ami avec qui Lisa le trompe à son insu) sur le toit. Il y a aussi la fameuse scène où il dit l'une des phrases les plus clichées du cinéma, "You are tearing me apart".



Les dialogues sont vraiment les moins naturels qu'il m'ait été donné d'entendre, peut-être moins naturels que dans Troll 2/Goblin pour ceux qui connaissent. On y retrouve très souvent "Don't worry about it!", par exemple quand la mère de Lisa lui annonce qu'elle a un cancer, puis on n'en entend plus jamais parler. Plusieurs autres situations reçoivent le même traitement avec la fameuse ligne. Le clip ci-dessous coupe juste avant la ligne "Don't worry about it!".


Aussi "It doesn't matter!" quand Denny est sur le toit et qu'il vient d'être sauvé d'un gars qui pointait un fusil à sa tête pour une dette de drogue (vous pouvez voir un clip plus haut). Sans oublier les "I don't want to talk about it!" qui sont plus fréquents justement que de parler d'un sujet quelconque dans ce film. Comme je l'ai dit plus tôt, Johnny dit presque tout le temps "Oh hi!" quand il voit quelqu'un, mais ce dont plusieurs personnes se rappelleront, c'est qu'il trouve Lisa si belle et sexy (il n'a malheureusement pas trouvé l'actrice équivalente à son texte, elle n'est pas horrible, mais certainement rien de spécial).


Les personnages ne font juste aucun sens. Par exemple la mère qui a le cancer ou Denny qui se fait presque tuer, car ces événements arrivent tout d'un coup et ils n'apportent rien au film. Par exemple, Denny est un personnage secondaire et on n'entend plus parler de ses problèmes de drogue plus tard. Denny est un jeune de 18 ans ou plus et tout ce qu'on sait sur lui, c'est que Johnny voulait l'adopter. On ne sait pas où sont ses parents, si Johnny l'a vraiment adopté éventuellement ni pourquoi il semble attardé. Dans l'une des premières scènes du film, Johnny et Lisa décident de passer au lit peu après que Denny ait fait intrusion chez eux et il ne semble pas comprendre ce qu'ils vont faire. Il monte même en haut alors qu'ils ont commencé les préliminaires (bataille d'oreillers) et se mêle à eux pour que Johnny lui dise de s'en aller. D'autres personnages sont introduits tout à coup au besoin, comme pour surprendre Lisa sur le fait en train de tromper Johnny.

Le film n'avait pas de budget et ça paraît, surtout quand on voit des cadres avec des cuillères, probablement l'imprimé de démonstration qui venait avec le produit lors de l'achat (vous savez, comme la famille heureuse générique quand vous achetez un petit cadre pour une photo).


De voir toujours les mêmes lieux est très peu subtil. On ne voit pas l'appartement de Denny ni complètement l'appartement de Mark où il serait logique d'y retrouver une scène avec Lisa. Pour remplir le film, on nous présente une vue d'ensemble de la ville où se situe The Room, mais ce n'est pas comme dans les autres films, ça dure vraiment longtemps. Il y a d'ailleurs plusieurs moments qui auraient été coupés ou raccourcis dans un meilleur film. Le pire, ce sont les scènes de sexe qui ne sont pas du tout coupées, mais dans lesquelles il ne se passe rien. On voit les acteurs s'éparpiller des roses sur eux ou se frotter, mais rien de réel, car ce n'est pas un porno, mais juste à une coche près. C'est comme les films soft qui passent sur certains canaux le soir, sans les acteurs sexys et sans le même sens de romantisme ou de sensualité. Et si vous avez une fois dans votre vie vu ces films, vous savez qu'eux-mêmes ne sont pas vraiment si intéressants que ça, alors en gros, je veux dire que The Room est encore pire, mais très amusant de l'autre côté.

Ce qui est vraiment drôle, c'est que la musique se prend vraiment au sérieux dans les scènes de drame et que dans les scènes de sexe, elle devient vraiment comme dans un porno minable (comme dans n'importe quel porno pour être honnête). Au grand complet, c'est juste une trame sonore étrange et médiocre, sans intérêt, mais sans laquelle le film ne serait pas le même.

Je pense qu'à la fin, c'est ce mélange d'un film qui se prend au sérieux et qui ne réalise même pas que ses éléments ne fonctionnent pas qui fait que The Room est drôle. C'est tellement ridicule et incompréhensible qu'on devient inconfortable ou tellement mêlé que la seule option qui reste à notre cerveau est d'envoyer le signal de rire, même chose que pour Wiseau dans sa performance dans le fond. J'ai vraiment trouvé le film aussi drôle qu'une bonne comédie, à écouter entres amis ou avec le RiffTrax.

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