dimanche 28 février 2010

Ça me fait vraiment ***** : édition violence dans les jeux vidéo

Logo de l'évaluation mature de l'ESRBQue l'on se comprenne tout de suite, ce n'est pas la violence dans les jeux en temps que telle qui me dérange, mais plutôt la réaction des gens à ce propos. Tous les quelques mois, il y a une étude qui essaie de prouver que la violence dans les jeux vidéo est la cause de toutes les atrocités qui peuvent se passer. Regardons un peu plus loin.

Ce qu'il faut comprendre

Un certain pourcentage des jeunes nés dans les années 80 ont grandi avec une console de jeux vidéo. Ce qui était à l'époque ciblé pour les jeunes a dû évoluer. (N'oublions pas que les jeux des années 80 avaient une difficulté assez élevée, attirant aussi un public adulte.) Une personne née en 80 a maintenant 30 ans. Il est tout à fait normal que la demande d'un contenu plus adulte, plus mature, soit en hausse.

J'ai vécu cette évolution. (Dans mon entourage, puisque personnellement je n'avais qu’une Sega Master System à l'époque.) Quand j'étais jeune (et en âge de jouer), la Sega Genesis était sortie, ensuite la Super Nintendo, Nintendo 64 et la PlayStation : j'étais à l'école primaire. J'étais au secondaire quand la PlayStation 2 sortait, avec des jeux de plus en plus matures. Et au collège lors de la sortie de la Xbox 360, PS3 et Wii. Ma génération est parfaitement placée pour le savoir : les jeux vidéo ne sont pas un jouet, mais plutôt un médium, une forme de divertissement comparable au cinéma. Il y en a pour tous les goûts, tous les âges. Je suis consterné de voir que des gens de 45 ans ou plus considèrent encore les jeux vidéo comme étant exclusivement pour les enfants.

Le parfait exemple. Un jeu que lorsqu'on le démarre, il affiche une notice : Mature 17 ans et plus, contient du sang, de la violence intense, de la nudité, du contenu sexuel, du langage cru et de l'utilisation de drogue. Ce jeu est Heavy Rain.


Est-ce un jeu DE violence? DE sexe? Pas du tout. Ce jeu est un thriller psychologique. Il peut facilement se comparer à un film du même genre. La violence est utilisée pour renforcer les choix que vous avez à faire. Difficile d'éviter la violence lors d'une enquête sur un tueur en série...

D'autres cas : les jeux de tir avec la guerre comme thème (Call of Duty, par exemple). Peut-on leur reprocher d'être violents alors qu'ils sont basés sur des événements réels? J'irais même jusqu'à dire qu'ils nous conscientisent sur la gravité de la situation.

La vraie question à se poser

C'est clairement indiqué sur la boîte, quand on démarre le jeu, dans les bandes-annonces, dans le manuel (bref, partout) que c'est un jeu destiné à un public mature de 17 ans et plus. Le vrai problème, c'est si ce jeu tombe entre les mains d'un jeune enfant. Ou plutôt, la vraie question est «Comment un jeu mature, avec autant d'avertissements, réussit à se retrouver entre les mains d'un enfant à qui ce n'est pas destiné?» Ce n'est pas de sa faute, c'est de la négligence des adultes autour de lui. Le vendeur qui lui a vendu, alors que comme pour l'alcool, la loi interdit la vente de certains jeux vidéo aux gens qui ne sont pas en âge. Le parent qui ne supervise pas les activités de son enfant, ou pire, qui lui offre le jeu.

La solution des analystes et de ceux qui dénoncent la violence dans les jeux vidéo est toujours d'ÉLIMINER complètement tout ce qui en contient dans le but de protéger les enfants. Il est clair que les gens qui font cette affirmation ne considèrent pas les jeux comme un médium ayant un public avec une moyenne d'âge de 35 ans, comme c'est le cas. C'est comme si quelqu'un proposait d'éliminer le cinéma ou la musique à cause de ces paroles parfois violentes. Ou l'internet pour la présence de pornographie. Ou la télé pour la présentation d'émissions à contenu violent. Bon Dieu. Quelle est la prochaine étape? Du papier bulle sur tous les murs de la maison pour ne pas se heurter?

Sont-ils au courant qu'il existe un contrôle parental sur les consoles? Celui-ci défend l'utilisateur de jouer à un jeu qui ne convient pas à son âge. Quel est donc le problème? Je n'ai qu'une seule conclusion à faire : manque de supervision des parents. Voilà, le problème est réglé.

Et même si un enfant joue à ce jeu, est-ce que ça en fera automatiquement un tueur, drogué ou psychopathe? Pas du tout. Ce sont les événements marquants dans notre vie qui nous forgent en tant qu'individus. Si un jeune démarre une fusillade dans une école, ce n'est pas le jeu vidéo qui en est la cause. D'abord, il doit être à un niveau de détresse extrême, dû à des événements autour de lui (problèmes familiaux, rejets de ses pairs, mort d'un proche, etc.). Il s'est aussi procuré une arme! Ce n'est pas le jeu qui lui a donné ni montré à s'en servir. Ensuite, personne ne l'a aidé à sortir de son état grave avant qu'il ne passe à l'acte. Quelqu'un déprimant à ce point, ça se voit, il y a au moins quelques changements dans son comportement habituel qui devraient être perçus par ses proches s'ils tiennent à lui. Finalement, son état psychologique grave est ce qui lui a fait passer à l'acte. Le jeu vidéo n'a absolument rien à voir avec tout ça.

Les exceptions

Évidemment, il y a des exceptions. Des jeux dont la violence est le but principal, poussée à l'extrême (Postal, par exemple). Mais si ces jeux existent, c'est qu'il y a un public cible. Il n'y aurait pas plusieurs suites et des extensions si le jeu ne s'était pas vendu... Mais se pourrait-il que la majorité des copies aient été achetées par des enfants/adolescents pas en âge de jouer, par la négligence que je mentionnais plus haut? C'est fort possible.

Grand Theft Auto est toujours mentionné dans ce genre de débat. Quand je regarde GTA IV, il a une grande popularité chez les adolescents, comme étant un jeu qui vous permet de faire n'importe quoi. Mais justement, ces jeux sont comme une carte blanche. Si vous décidez de tuer tout le monde d'une façon abominable, c'est à vous à vous poser la question : suis-je normal?

Il faut dire aussi que les jeux vidéo sont un moyen d'évasion. Les jeux nous permettent d'avoir une grande liberté et d'avoir le contrôle, dans le but de nous aider à oublier nos problèmes pendant un instant.

Et tout le reste?

Et les films? Les séries télé? Les romans? Il y a de la violence partout. Qu'est-ce qui est pire? Tuer un zombie dans un jeu vidéo ou écouter la télé et voir en boucle la mort d'un lugeur aux Olympiques? Pourquoi nous montrer les images? Totalement irrespectueux pour la victime et sa famille. Tant que les gens aimeront voir de la violence à l'écran (comme payer pour voir des gens se faire torturer : Hostel, Saw), il continuera d'y en avoir. (Attention, la vidéo ci-dessous présente du contenu extrêmement graphique : une femme a la moitié du visage brulée et elle se fait couper le nerf optique pendant avec des ciseaux.)


Mais que voulez-vous, l'humain est à la base une créature jalouse, possessive, hypocrite, en constante recherche de pouvoir. C'est normal que sa personnalité se reflète dans ses passe-temps. Autant que ces désirs de vengeance se vident à l'intérieur d'un monde virtuel que dans la vraie vie, n'est-ce pas?


En résumé :

-Les jeux violents ne devraient pas tomber dans les mains des enfants (ESRB, contrôle parental).
-La négligence des parents est une grosse partie du problème.
-La moyenne d'âge des joueurs est de 35 ans, normal qu'il y ait du contenu mature.
-Les jeux d'une violence extrême sont produits parce qu'ils se vendent.
-Les jeux vidéo sont avant tout un moyen d'évasion, de défoulement.
-Les jeux ne seront jamais aussi violents que les autres médias, les films gore, par exemple.
-Les jeux sont rarement plus violents que l'utilisation d'armes en situation de guerre, les exceptions sont rares.

P.S. : vous connaissez Happy Tree Friends? J'ai déjà vu leur DVD dans un magasin, dans la section des films pour enfants...



2 comments :

Kaz a dit...

Totalement d'accord avec ton article, on déresponsabilise trop les parents dans ces affaires de jeux vidéos, il serait temps que certaines personnes prennent un peu leurs responsabilités et assument le fait qu'elles sont quelques part aussi un peu responsable de cet effet sur leurs enfants.

DarkEvil a dit...

Moi aussi je suis d'accord avec ton article et je pointerai que les mêmes parents qui achètent GTA à leur enfant de 8 ans iront se plaindre de la violence dans le jeu s'il grandit en adolescent violent (et de toute façon, je suis plus convaincu de la corrélation entre leur manque d'attention pour leur enfant et sa violence que le fait qu'il ait joué à GTA). Aussi, j'aimerais aller plus loin en disant que je suis quelqu'un qui aime voir cette violence. J'aime honnêtement torturer des gens si c'est possible dans un jeu (je finis quand même pas passer à autre chose), mais si je me pose la question suis-je normal? Je dois dire oui, car le désir de faire la même chose dans le monde réel ne m'a jamais traversé l'esprit. Je sais que si je tire une balle de fusil dans la tête d'un zombie et que je brûle son cadavre, c'est de la fiction et que tout ce qui s'est réellement produit, c'est que des codes binaires ont changé d'état. Puis mon dernier argument, c'est que certaines (toutes?) des pires atrocités dans notre monde se sont produites sans l'influence des jeux violents. L'inquisition (milliers à millions de morts) et l'holocauste (millions de morts) viennent à l'esprit. Je suis aussi pas mal certain que même si les jeux vidéo violents existaient, ils n'avaient rien à voir avec le génocide au Rwanda (environ 1 millions de morts et un petit groupe d'extrémistes religieux qui ont fait sauter deux tours un peu plus récemment (2,750 morts). De son côté, je ne crois pas qu'il y ait officiellement eu un seul lien direct avec un meurtre et un jeu vidéo comme élément déclencheur principal.

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