vendredi 23 octobre 2009

The Fly (1958)

Affiche de The Fly (1958)Pourquoi faire un film d'horreur centré sur une mouche? Eh bien, c'est exactement le genre de question que le public de 1958 pouvait se demander légitimement sans savoir qu'un tel genre de film manquait au cinéma. OK, peut-être pas à ce point-là, mais c'est définitivement un bon film qui ne prend pas exactement la tournure à laquelle vous pourriez vous attendre en partant. Il a été apprécié du public et croyez-le ou non, comme certains des meilleurs films de l'époque, c'est une adaptation (jusqu'à présent, tous les films des années 50 sur lesquels j'ai écrit des articles l'étaient, c'est un pur hasard, je le jure!)

Je n'ai pas lu l'inspiration pour ce film, car à moins d'être un collectionneur de longue date du magasine Playboy, il est difficile d'avoir l'édition de juin 1957 dans laquelle la nouvelle d'origine était publiée, car nous savons que les gens achètent le magasine pour ses articles. (J'ai eu beau chercher sur Internet, je n'ai trouvé que l'édition d'avril 1957, entre autres choses...) Si je lis la description sur Wikipédia, je peux vous dire que c'est en général assez semblable, les mêmes résultats sont obtenus de la même façon ou presque et les événements reviennent un peu à la même chose, mais le début et la fin sont différents, certains personnages ont un avenir plus sombre (et peut-être plus réaliste). Je ne tente en aucun point de dire que l'un est meilleur que l'autre (la version écrite semble être plus basée sur un gros punch final que le film, seul jugement que je puisse apporter), je ne peux même pas officiellement juger la version écrite, alors parlons du film.

Veuillez noter que si vous avez vu le "remake" du même nom sorti en 1986, il n'enlève rien à l'original, les deux films sont assez différents pour être deux films uniques qui valent une écoute. Celui de 1986 est un bon film, intelligent et supporté par des effets spéciaux plus graphiques et d'une excellence absolue, alors que l'original contient peu/pas de "violence", est plus basé sur le facteur de "choc" pour un public de l'époque (donc ça fonctionne un peu mois aujourd'hui par habitude), mais il met une emphase importante et intéressante sur l'aspect humain de ce qui semble être un monstre. En fait, les deux films le font, le remake est un peu mieux, mais je veux bien souligner que ce sont deux films différentes et que j'aime bien la version dont je vous parle actuellement aussi. Je recommande les deux.

Pour en revenir à la question de départ, disons qu'elle est fondée, car à première vue (et peut-être même à centième vue), une mouche n'est pas vraiment la chose la plus épeurante du monde. Ce n'est pas l'insecte le plus dangereux, les mouches domestiques ne peuvent même pas vous faire mal, les maladies qu'elles transportent sont leur seul danger. Les gens ont tendance à avoir bien plus peur des araignées, pas que ce soit plus rationnel (je ne me moque pas de vous non plus si c'est votre cas, j'ai le même problème), mais c'est ainsi. Eh bien, c'est le film qui vous fera avoir peur des mouches. À cet effet, le remake est encore plus efficace, mais les deux films nous présentent une véritable vision d'horreur adaptée à leur époque. Je dois avouer qu'à la révélation du visage du monstre, quand j'ai vu le film plus de quarante ans après sa sortie, j'ai été choqué pendant un court instant malgré mon habitude (je présume qu'à l'époque, c'était la chose la plus horrible qu'un spectateur aurait vu). C'est que le film est fait de la bonne façon pour obtenir cet effet avec peu, mais je reviendrai là-dessus plus tard, premièrement parlons de l'histoire du film.

Elle est à la fois simple, mais très étrange, en bout de ligne c'est bien plus un film de science-fiction qu'un film d'horreur même si on nous annonce un monstre (c'est donc loin d'être le film parfait pour Halloween, car il n'est pas vraiment aussi effrayant aujourd'hui, contrairement au remake). Dans ce film, le monstre ne devient pas une créature qui fonctionne uniquement selon ses instincts qui lui disent de tuer des jeunes filles la nuit, il n'y a pas du tout de cet élément en fait, puisque la personne qui devient cet hybride homme/mouche retient son humanité. Nous terrifier est l'un des buts du film, bien sûr, mais cet aspect vient après la psychologie des personnages. Observer les événements se dérouler et les personnages évoluer dans cette situation extrême, surtout le monstre et sa femme, est le réel objectif du film.

Il faut observer le film plutôt que de sans cesse s'attendre à des rebondissements, car il commence en nous montrant que le monstre est mort, comment il est mort (il ne reste qu'un corps humain dont la tête et la main gauche ont été écrabouillées sous une presse), que personne d'autre n'a été tué ou blessé. Le tout se déroule donc dans un flashback après que la femme du monstre appelle le frère de la victime pour lui dire qu'elle l'a tué. Un policier ainsi que le frère de la victime (le classique Vincent Price) se déplacent chez elle (à Montréal, au Québec et au Canada si vous n'avez aucune idée. Bizarre pour un film américain, car j'habite à Montréal et je ne vois pas pourquoi particulièrement avoir pris cette location, mais bon...)

Comme je vous ai dit qu'une partie des punchs du film sont révélés assez tôt et que l'intérêt principal est ailleurs, ça va. Dans le flashback, nous aurons des réponses à plusieurs questions que peuvent se poser le policier et le frère : Pourquoi avoir tué son mari alors que tout allait si bien dans leur couple et leur famille (ils ont un jeune garçon et semblaient heureux)? Pourquoi l'avoir fait spécifiquement de cette manière sans tenter de cacher le corps? Nous savons bien sûr la réponse à ces questions, c'est-à-dire qu'Andre, un scientifique, est devenu un monstre suite à une expérience qui a mal tournée. Sachant qu'il devient cette créature, nous pouvons nous demander comment il se transforme (ce n'est pas nécessairement très scientifiquement probable, vous verrez) et par quels états d'âme peut-il passer par après?

Au début, c'est la panique, il se cache, se renferme, s'isole, ne pouvant maintenant communiquer avec sa femme qu'en lui écrivant ce qu'il désire (retrouver la mouche qui devrait avoir une tête et un bras humains). Sa femme n'a vu que sa patte de mouche, mais il dissimule sa tête, alors vous savez qu'à un moment ou l'autre, il y aura une scène de révélation.

Je disais de cette scène qu'elle avait réussie à être choquante momentanément pour moi et je m'explique. Premièrement, l'apparence du monstre est exactement ce à quoi vous pourriez vous attendre, un effet bien réussi pour 1958 et qui aurait été réalisé à coup sûr par ordinateur de nos jours. C'est une créature organique, il est impossible de réaliser ceci réalistiquement avec des graphiques générés par ordinateur, du moins pour l'instant. Je préfère de loin le modèle évidemment faux, mais plus naturel, de l'époque. Deuxièmement, même si l'effet était réalisé par des ordinateurs, je trouverais l'apparence du monstre choquante, parce que c'est tout simplement une abomination, c'est exactement ce qu'un monstre doit être, contre-nature (c'est une définition du mot d'ailleurs). Donc même s'il n'a pas les effets spéciaux du remake (qui sont, je l'avoue, plus géniaux et aussi faits sans CG), il tient assez la route pour ce qu'il tente de faire. En gros, la simplicité, un humain autrement normal, mais avec une tête de mouche géante, ça fait l'affaire avec l'avantage d'être reconnaissable en un instant, moment où nous sommes inconfortable à la simple vue de la chose qui ne semble tellement pas naturelle. Troisième point, quand la tête est révélée, c'est après une longue attente et à un moment où l'on ne s'y attend pas particulièrement plus qu'à un autre, sous les cris de sa femme.

Le trailer du film est excellent, sûrement pas le meilleur de tous les temps et peu coûteux, mais il fait exactement ce qu'il est supposé faire avec peu, sans nous dévoiler tous les punchs du film (techniquement, nous savons dans le trailer que la femme a tué son mari, mais c'est le début du film de toute manière), sans même nous montrer de scènes du film ou presque. Les trailers devraient tous être comme ça, nous attirer vers un film, nous donner une idée de ce qui s'y passe (je pense qu'avec un film d'horreur qui s'appelle The Fly, le public n'est pas sans indices au départ), mais pas nous montrer tous les moments intéressants du film alors que nous ne l'avons même pas vu (maudits soient les films de comédie pour lesquels je vois les seules bonnes blagues dans le trailer et les drames où je vois un personnage principal sur son lit de mort). L'affiche en dit trop sur le film (en nous montrant vaguement l'apparence du monstre, ce qui risque de rendre la révélation moins surprenante), plus que le trailer, c'est rare quand même (en passant, le ridicule de l'affiche était assez fréquent à l'époque).


La mort de la créature n'est pas à 100% ce qu'elle semble être au début du film, vous avez probablement une petite idée des raisons, mais ce n'est pas un simple "meurtre" comme toute personne raisonnable serait portée à le croire. Il y a finalement la scène finale, après tous les événements du flashback, qui est la scène la plus classique du film et dont tout le monde se rappelle normalement après l'avoir vu. C'est un petit twist de dernière minute, mais je trouve que c'est vraiment le restant du film en tant que tel qui contient tout l'intérêt, alors que la dernière scène était peut-être plus choquante pour un public de 1958.

Le film parle des dangers de la science (bien que ce soit de façon un peu naïve), de l'importance de l'apparence (ce que j'ai le plus apprécié du film, car ça existe, ne le niez pas, je ne réalisais même pas que moi-même j'avais des limites, accordant normalement peu d'importance à mon apparence) et il est possible très facilement d'y voir les étapes du deuil subtilement défiler en temps réel.

Donc je dois le dire, le film dont le titre veut tout simplement dire "La mouche" s'avère être un film intelligent et un classique du cinéma, seulement pas au même titre que Citizen Kane, par exemple, mais il mérite votre attention, c'est le moins que je puisse dire.

2 comments :

Tinky a dit...

Bonjour ! C'est toujours un plaisir de venir lire vos rubriques ici. J'ai vu les deux versions de "La Mouche", et je trouve que les deux sont effectivement bien faites -chacune avec les possibilités techniques et scénaristiques de son époque respective- mais la première mouture du film est quand même moins effrayante et traumatisante que la seconde. Mais Jeff Goldblum dans la seconde version, en train de se transformer de savant déjanté en monstre de cauchemar au destin funeste, c'est que du bonheur !
Allez, à bientôt !
Bises, Tinky :-)

DarkEvil a dit...

Bonjour! Merci de ton commentaire, c'est vrai que le remake est plus effrayant avec la transformation progressive, une finale surprenante et des effets si biens réalisés. Les deux démontrent effectivement les possibilités de leur époque, le deuxième étant plus inspiré, mais pas complètement adapté du premier. Deux bons films, je suggère le premier éventuellement pour son scénario différent et bien sûr le remake comme film à écouter cet Halloween pour ceux qui ne l'auraient pas vu.
Bonne fin de semaine!

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