dimanche 13 septembre 2009

Le grand cahier

Devant du roman Le grand cahier

Je pourrais vous parler des longues années qui m'ont paru encore plus longues à l'école dans les cours de français, alors que mes professeurs m'imposaient des choix de lecture, certains des romans faits il y a plus de 200 ans, d'autres des œuvres suivant des mouvements comme le réalisme où les descriptions sont interminables et prennent une plus grande importance que l'histoire. J'adore CERTAINES œuvres faites il y a 50 ans, par exemple le film The Day the Earth Stood Still, mais son message est adaptable à notre époque et disons que la façon d'écrire (un scénario dans ce cas) s'était déjà beaucoup améliorée face à Tristan et Iseut au XIIe siècle, juste pour dire.

Je ne dis pas ça parce que j'avais des mauvaises notes, bien au contraire, mais une lecture, c'est personnel et ce devrait être choisi selon nos goûts uniques. Bien que je comprenne la nécessité que les cours de français nous fassent découvrir des mouvements et des époques qui ont marqué la littérature française à travers des œuvres considérées classiques, que faire quand nous adorons la science-fiction ou des romans plus actifs, mystérieux, complexes? Il est clair que je n’ai probablement pas lu une œuvre de ce genre en 13 ans de cours de français depuis le primaire (je suis bien content d’avoir terminé cette étape de ma vie) et je n'avais pas mon mot à dire, il n’y a donc rien à faire, nous sommes impuissants face au système.

Au bout de ces 13 années de français, j’ai quand même eu la chance de trouver le pot d’or au bout de l’arc-en-ciel quand j’ai été forcé de lire Le grand cahier pour mon dernier cours de français à vie, autant que je sache (et c’était la dernière ou l’avant-dernière œuvre qui m’avait été imposée, c’est vraiment un coup de chance que j’ai eu qui m'a prouvé qu'il y a toujours de l'espoir et aussi de bonnes œuvres inexplorées sous d'autres genres que ceux pour lesquels j'opte normalement). Certes, il y a eu des romans que j’ai trouvés un peu bons, dirais-je, à travers ces années, mais Le grand cahier est celui que je suis content de ne pas avoir raté, ayant oublié presque toutes les lectures forcées depuis la première année (à quoi m'ont-elles servi?)

Ce n’est pourtant pas une œuvre de science-fiction, c’est une autre histoire fictive, mais dans une situation réaliste, située à l’époque de la deuxième guerre mondiale. On en a vu d’autres auparavant et on en verra d’autres dans le futur, mais qu’est-ce qui fait que celle-ci m’intéresse par-dessus tout? C’est tout simplement la manière brillante dont le roman a été pensé et écrit.

C’est l’histoire de deux jeunes enfants hongrois, Lucas et Klauss, des jumeaux, abandonnés chez leur grand-mère en campagne où il y a moins de risques en temps de guerre. À la base, c’est ça, mais j’ai oublié de vous dire qu’il n’y a aucune utilisation de verbes faisant appel aux émotions dans la narration (écrite à la première personne du pluriel, ce qui est pas mal rare à ma connaissance). Le roman est écrit comme si nous avions entre nos mains le grand cahier des jumeaux dans lequel ils écrivent ce qui se passe au fur et à mesure que les jours passent, un peu comme un journal intime, mais à l’opposé d’un journal, il n’y a que des faits dans leur cahier, c'est pourtant l’un des romans les plus remplis d’émotions que j’aie eu la chance de lire.

Je me contredis? Je m’explique en utilisant un passage : «Il est interdit d'écrire : "la Petite Ville est belle", car la Petite Ville peut être belle pour nous et laide pour quelqu'un d'autre.» Si quelqu’un leur dit que la Petite Ville est belle, ils pourront factuellement dire que telle personne a dit que la Petite Ville était belle, mais jamais directement ils ne diront qu'elle est belle. Il faut donc rechercher les émotions de l'instant par la façon peut-être biaisée qu'ils ont de rapporter certains faits.

Il reste une question à se poser : pourquoi? Oui, c’est vrai, pourquoi décider d’écrire ainsi, surtout pourquoi des enfants banniraient les émotions? C’est parce que Le grand cahier est un récit extrêmement choquant décrivant le seul moyen que les deux jeunes frères ont trouvé pour passer à travers ce temps de crise : s’entraîner à être insensible physiquement et psychologiquement. Ils se font volontairement souffrir jusqu’à ce que leurs corps s’endurcissent et ils tentent de ne jamais ressentir quoi que ce soit face à n’importe quelle situation, comme parcourir des ruines remplies de cadavres calcinés ou battre un gang à l’aide de lames de rasoir.

La façon dont le livre est écrit le rend beaucoup plus apte à nous communiquer les changements moraux par lesquels une société traverse durant une période de guerre que n’importe quoi d’autre que j’aie eu la chance de voir ou lire, avec le bonus de captiver toute mon attention. Je vous recommande de lire ce roman si vous ne l'avez jamais fait (c’est quand même assez souvent considéré comme une lecture classique à l'école, pour des étudiants matures, pas des enfants), même si vous n’êtes pas attiré par le genre au départ, puisque c’était exactement mon cas et que j’ai abordé le roman en pensant que j’allais le détester comme tous les autres qu’on m’avait forcé à lire.

Une adaptation au grand écran est annoncée pour 2011, je ne vois vraiment pas comment ils pourront faire passer le style de l’écriture en film, ni comment il survivra à la censure. C’est quand même un roman dans lequel des jeunes s’attaquent violemment à des plus grands, mais aussi un roman qui traite de pédophilie et de zoophilie (quoi, les mœurs changent en temps de guerre, je vous avais dit que c’était dur). Voilà pourquoi je vous suggère de le lire avant que les studios ne le ruinent ou l’abrutissent, ce qui est presqu'incontournable.

Dernière petite note, ce roman fait partie d'une trilogie de romans, La trilogie des jumeaux, dans lesquels nous suivons la progression des jumeaux (Le grand cahier), celle de Lucas uniquement (La preuve) et celle de Klauss uniquement (Le troisième mensonge). Je n'ai pas lu les suites au moment de l'écriture de cet article, je ne peux donc pas vous en parler, mais je peux vous recommander au moins le premier.

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