mercredi 6 mai 2009

Shenmue

Devant de la boîte de Shenmue

J’ai comme l’impression qu’un gros pourcentage des gamers connaissent ce titre et savent probablement en surface ce qu’est le jeu, c’est-à-dire une espèce de jeu d’aventure sur Dreamcast, souvent aussi dit RPG, dans lequel vous voyagez dans un monde fictif assez complet (pour l’époque) et réaliste (les places réelles sur lesquelles les locations du jeu sont basées sont vraiment bien reproduites). C’est effectivement la description la plus rapide que je peux en faire et j’ai l’impression que même si la plupart d’entre vous connaissez ce jeu et sa réputation spéciale, peu y ont joué sérieusement. Si c’est le cas, c’est plutôt dommage, puisque Shenmue est un must de la Dreamcast en termes d’originalité et d’innovations, mais c’est comprenable d’avoir passé à côté à cause de l’échec de sa console et aussi des nombreuses imperfections dans le système du jeu. Pour commencer, l'histoire de ce projet ambitieux.


Oh oui, ce fut un projet ambitieux puisqu’il coutait plus cher à produire que n’importe quel autre jeu vidéo avant sa sortie (70 millions de dollars US, avec une partie du budget incluse pour des suites). C’est Yu Suzuki qui a eu l’idée un jour de faire ce jeu, son idée était plutôt de faire une série de jeux avec une histoire prenante divisée en 3 parties avec au moins une première partie faisant ses débuts sur Sega Saturn.


J’imagine que Sega, pour avoir misé autant sur la série, faisait entièrement confiance à Yu Suzuki, celui-ci étant considéré comme une légende dans le domaine et leur équivalent à Shigeru Miyamoto. Il a quand même conçu des jeux connus comme Space Harrier, Hang-On, Out Run, Virtua Fighter et Virtua Cop. Cependant, comme la Saturn était une console pour laquelle développer des jeux s’avérait compliqué et long, pendant la conception de Shenmue, la console a eu le temps de se montrer un échec commercial mettant le projet en arrêt complet. Cet arrêt fut de très courte durée, parce que la nouvelle console de Sega, la Dreamcast, était déjà en production, ils ont donc continué le projet pour cette nouvelle console plus performante et plus apte à fournir la puissance requise pour un jeu comme Shenmue.

Tout comme pour la Saturn, Shenmue pour Dreamcast devait être le jeu clé permettant à la console de se vendre. Malgré un bon départ pour les ventes de la Dreamcast, il aurait fallu que chaque personne possédant la console au moment de la sortie du jeu s’en procure 2 copies pour que les profits commencent à s’accumuler. Shenmue serait-il donc la pire décision prise par Sega après la Sega CD, la Sega 32X et la Sega Neptune (qui n’est jamais sortie)? Néanmoins, Shenmue fut le 4e meilleur vendeur de la console (bien sûr, être dans les meilleurs vendeurs d’une console de cette époque qui a eu une si courte vie, ce n’est pas la même chose que pour aujourd’hui avec un jeu sur Xbox 360, par exemple).

Alors, qu’est-ce que Shenmue? Pour moi, il s’agit beaucoup plus d’un jeu d’aventure que d’un RPG (les publicités en parlaient comme d’un RPG) dans son gameplay, mais on peut dire qu’à la base, le jeu est tellement centré sur une aventure réaliste qui nous met dans la peau du personnage principal comme si c’était notre vie réelle que c’est comme jouer un rôle. Suzuki a même inventé un mot pour décrire le genre unique (encore aujourd’hui) du jeu, FREE (Full Reactive Eyes Entertainment), un genre basé sur l’interactivité libre que le joueur peut faire dans un environnement tridimensionnel complet et réaliste. Prenez note que la sortie de Shenmue précède d’environ 2 ans celle de Grand Theft Auto III, après quoi une quantité massive de jeux ont décidé de copier cette liberté.

Shenmue se situe donc dans un monde où les jours passent clairement, avec une transition progressive entre le jour et la nuit, et aussi des changements météorologiques qui vont même jusqu’aux changements de saison (si vous prenez votre temps, le jeu peut durer 5 mois dans le temps du jeu). Pour ajouter encore plus de précision, des données météorologiques correspondant aux dates dans le jeu ont été incorporées (il s’agit d’une option dans le menu principal) pour simuler la météo expérimentée à l’époque (1986) dans les régions réelles dans lesquelles le jeu se déroule (les événements sont fictifs, j’imagine que je n’avais pas à le mentionner, mais ils sont dans le domaine du relativement possible). Des petits détails comme ça, ça ne paraît vraiment pas grand-chose en idée, mais je suis d’accord avec le fait que ça permet une intégration plus complète à l’environnement du jeu et c’est un concept révolutionnaire à l’époque (pas mal tout le contenu du jeu est révolutionnaire à l’époque).

Tout comme dans GTA III, la liberté est un concept important, mais la façon de faire de Shenmue est complètement différente. Shenmue enlève une grosse partie de l’aspect action et le remplace par l’aventure, plus précisément l’enquête dans ce cas, car Shenmue est un jeu d’aventure unique en ce sens qu’il est basé sur mener une enquête plutôt que d’acquérir des objets ou résoudre des énigmes (il n’y a qu’un seul endroit dans le jeu, à un seul moment, où vous devrez utiliser quelques objets courants et où vous devrez un peu vous faire aller les méninges pour trouver un secret caché, mais rien de compliqué à la Myst).

La ville est beaucoup moins grande que celle de n’importe quel GTA et vous ne pouvez pas commencer une bagarre à tout bout de champ. Ce que vous faites, c’est que vous marchez (ou courez) dans les rues des quartiers avoisinants, ou encore vous pouvez entrez dans certains magasins et restaurants. Votre but principal est de parler aux gens qui peuplent le voisinage pour amasser des indices plus ou moins vagues (ce peut être aussi précis que de savoir qu’un tel personnage s’est argumenté avec Lan Di ou aussi vague que de savoir que vous êtes à la recherche d’un autre chinois qui peut être n’importe où dans la ville) qui vous donnent une piste pour trouver d’autres indices qui vous indiquent une nouvelle piste et ainsi de suite. Quand vous êtes sur une piste, les questions que Ryo pose aux gens sont différentes que si vous êtes sur une autre piste et vous obtenez donc des réponses différentes.

Mais qu’est-ce que vous recherchez? Eh bien, l’histoire est plutôt simple, le père de Ryo (protagoniste), Iwao, se fait assassiner au début du jeu sous vos yeux par un homme dans un habit chinois nommé Lan Di. Iwao est un maître en arts martiaux et il est tué au combat par Lan Di, aussi expert en arts martiaux (puisqu’il accomplit le meurtre uniquement avec sa force physique). Notre personnage se demande pourquoi un chinois de cette stature vient attaquer son père au Japon, un homme normal qui n’aurait pas dû avoir des problèmes de ce genre. Une chose encore plus intrigante est que Lan Di voulait un miroir mystérieux en la possession d’Iwao qu’il accusait aussi d’avoir tué un homme. C’est parce qu’il a refusé de dire où se trouvait le miroir que Lan Di a tué Iwao. Ryo n’a jamais entendu parler du miroir en question et il imagine mal son père tuer un autre homme. Peu importe les questions qu’il peut avoir, Ryo a soif de vengeance et il souhaite retrouver Lan Di pour l’affronter à son tour et reconquérir l’honneur de sa famille, étant maintenant orphelin (si ce n’est de la présence de la loyale domestique aussi chagrinée par la mort du maître et d’un étudiant d’Iwao qui souhaite maintenant aider Ryo dans son entraînement en arts martiaux même s’il ne partage pas ses idées dangereuses).

Puisque pour progresser dans le jeu, il faut passer par plusieurs pistes qui vous font progressivement monter les échelons jusqu’à la piste finale, et puisqu’il est impossible de se lancer sur une piste plus avancée dans l’histoire (même si vous connaissez déjà les événements et savez où il faut aller plus tard dans le jeu), c’est un jeu très linéaire même s’il se veut libre. Ceci dit, certains événements qui ne sont pas essentiels à l’histoire peuvent arriver ou ne pas arriver dépendant de quelques paramètres (arriver très tard la première fois activera une scène à la rentrée où la domestique vous demandera d’arriver moins tard les prochaines fois, par exemple).

Chaque journée se déroule ainsi : un chargement suivi de votre réveil à 8:30 (les écrans de chargement du jeu sont tous noirs avec du texte blanc où le lieu, l’heure et la date actuelle du jeu sont affichées). Vous sortez de votre chambre et avant de prendre la porte de sortie de votre maison, vous récoltez une somme d’argent laissée là par la domestique (l’argent sert à s’acheter des trucs qui ne sont pas normalement essentiels, comme des cassettes de musique que vous pouvez écouter ou de la nourriture pour donner à un chat. Il y a aussi une arcade qui n’est pas non plus essentielle, mais très utile pour passer le temps. On y retrouve un juke-box, Hang-On, un jeu de fléchettes, Space Harrier et 2 jeux, dont l’un est un jeu de boxe, dans lesquels il faut peser sur le bouton apparaissant à l’écran en un temps limité). Vous sortez ensuite de votre terrain et vous naviguer à travers le voisinage pour trouver des gens à qui parler. Chaque petite région différente est coupée par un chargement qui est assez long, il y en a aussi un à chaque fois que vous entrez dans un magasin.

Peu importe ce que vous faites, comme parler ou chercher dans votre inventaire, le temps continue d’avancer sur l’horloge (les seuls temps où l’horloge s’arrête sont durant les chargements et quand vous mettez le jeu en pause). Il ne faut pas stresser du tout, car si vous êtes habitués à des jeux comme Harvest Moon où le temps semble toujours passer trop vite ou encore The Sims où le contrôle du temps vous laisse le choix entre trop lent et trop rapide la plupart du temps, Shenmue est clairement dans l’extrême où le temps ne passe pas assez vite, je veux dire vraiment lentement.

En fait, vous êtes debout à 8:30 et vous pouvez vous coucher pour avancer d’une journée à partir de 20H avec une limite à 23:30, mais comme chaque heure dure 4 minutes (que j’ai précisément chronométrées), cela vous laisse une journée complète pouvant durer un maximum d’une heure en temps réel (23:30 moins 8:30 laisse 15 heures dans le jeu. 15 heures multipliées par 4 minutes donne 60 minutes ou 1 heure en temps réel.) Pour les maniaques de la précision, chaque minute dans le jeu dure 4 secondes.

Plusieurs magasins n’ouvrent qu’à partir de 10H, vous rendre à ces magasins en courant ou en laissant le jeu vous y apporter automatiquement (après avoir visité une région, le jeu offre la possibilité de sauter jusqu’à elle en sortant de la maison en calculant approximativement le temps requis pour s’y rendre), cela vous place devant eux aux alentours de 8:50 à 9H. Vous réalisez que ça veut dire qu’il vous reste 4 minutes complètes à attendre devant un magasin si c’est là qu’il vous faut aller. La plupart des magasins ont au moins la décence d’être ouverts jusqu’à 20H, ce qui veut dire que vous pouvez les visiter durant tout le temps que le jeu vous donne avant de vous offrir l’option d’aller vous coucher (en retournant dans votre chambre). Le pire, c’est quand la dernière piste que vous obtenez vous donne rendez-vous avec quelqu’un ou à un endroit à une heure avancée le lendemain (voilà pourquoi l’arcade peut être importante, mais vous passez assez vite à travers ce que les jeux disponibles ont à offrir. Petite remarque, est-ce que le jeu se déroule en 1986 pour servir de prétexte à l’inclusion de jeux conçus par Yu Suzuki à l’époque?) Le pire de tout, c’est quand vous pensez devoir aller dans un bar (je dis quand vous pensez, car parfois vos pistes sont assez vagues), car ceux-ci n’ouvrent qu’après 20H et même plus, c’est aussi le cas de certains restaurants.

Plus tard dans le jeu, quand vous obtenez un travail (pour atteindre des personnages suspects qui sont dans les environs), vous devez vous y rendre à chaque jour après votre réveil. Ce travail consiste à déplacer des boîtes dans des entrepôts à l’aide d’un chariot élévateur et c’est aussi ennuyant que ça peut en avoir l’air, c’est comme travailler dans la vraie vie, même que Ryo est payé et tout. Durant les pauses, il y a des scènes qui font progresser l’histoire automatiquement ou il faut parfois enquêter sur les lieux du travail avant qu’il ne reprenne pour trouver ce que vous recherchez.

Simplement parler à des gens pendant toute la durée du jeu et travailler, ça aurait été beaucoup trop monotone (même pour un joueur de RPGs habitué à une quantité massive de textes). L’univers interactif aide à faire varier l’expérience en nous offrant des machines distributrices, des petits jouets à collectionner, des cassettes de musique à écouter, etc., mais en bout de ligne ça ne sert à rien et c’est aussi ennuyant que la vie réelle quand il ne se passe rien (d’ailleurs, un défaut du jeu, c’est qu’il essaie trop de recréer l’expérience d’une vie humaine, allant jusqu’à la nécessité de remplacer les batteries de votre lecteur de cassettes avec des batteries qu’il faut acheter dans un magasin, en passant à la caisse où un(e) caissière vous accueille.) Donc, sans oublier que l’histoire demeure dans le possible et que l’enquête est, par le fait même, beaucoup moins excitante que celles menées par le lieutenant John McClane, ils ont ajouté des scènes d’action et de bagarre ici et là.

Pour les bagarres, le jeu se transforme en espèce de jeu de combat mélangé avec du beat 'em up. Je ne veux pas dire qu’il y a un écran de transition comme dans la plupart des RPGs, mais que votre personnage prend une posture de combat pour pouvoir déployer ses mouvements d’art martiaux (il a appris des bases grâce à son père, mais vous pouvez aussi acheter des parchemins qui vous enseignent des attaques puissantes ou rencontrer des personnages qui vous enseignent des mouvements uniques). Vous pouvez frapper comme bon vous semble, mais les ennemis plus puissants peuvent nécessiter une bonne utilisation des mouvements complexes que vous pouvez exécuter par une combinaison de boutons (vous n’avez qu’à consulter votre liste de mouvements).


Les autres scènes d’action sont celles employant le système QTE (Quick Time Event, terme aussi inventé par Yu Suzuki). Pour ceux qui se demandent c’est quoi QTE, c’est-à-dire vous tous, ce sont ces fameuses scènes dans un jeu où il faut peser un ou plusieurs boutons affichés à l’écran pour que le personnage pose les gestes essentiels automatiquement. Vous n’avez qu’à penser à Dragon’s Lair pour bien vous représenter la situation, ce jeu étant entièrement composé de telles scènes, mais sans indications directes des bons boutons à presser. Shenmue est l’un des premiers jeux vidéo à incorporer ce système sans en dépendre entièrement (Die Hard Arcade, sorti avant, utilise aussi un système QTE semblable, mais Shenmue le popularise).


Le système QTE est maintenant détesté par la plupart des joueurs pour sa présence dans un grand nombre de jeux de gros calibre, car admettons qu’il représente une coupure de l’action normale qui est remplacée par un jeu de réflexe des plus simplistes. Comme Shenmue n’a pas beaucoup de scènes d’action (je dirais que les bagarres comptent pour un maigre 20 à 30% du jeu), ces scènes QTE fonctionnent plutôt bien.

Il n’est pas difficile de voir pourquoi l’action est nécessaire dans ce jeu d’aventure, car disons que malgré son univers interactif, la plupart des interactions mis à part de parler sont futiles. C’est un jeu qui demande énormément de patience en nous rappelant parfois que quand nous attendons dans une file d’attente ou que nous devons nous plier aux horaires de tous et chacun dans la vraie vie, ce n’est pas ce que nous désirons et nous jouons aux jeux vidéo avant tout pour nous évader des imperfections de la vie réelle.

Je ne veux pas non plus que le jeu semble affreux, car même si les idées de conception sonnaient mieux en théorie qu’en pratique et qu’ils auraient pu s’arranger pour mieux faire dérouler les choses (la suite arrange plusieurs problèmes), il y a du plaisir à en tirer contrairement à d’autres jeux exécutant mal leurs idées. L’expérience est unique et jouable. Sans avoir l’histoire la plus complexe, on nous y présente des personnages auxquels il est possible de croire et si vous rêvez de mener une enquête, c’est le jeu pour vous dans un contexte réaliste.

Les émotions des personnages sont plus poussées au niveau graphique dans ce jeu que dans les jeux qui le précèdent, car Shenmue atteignait un niveau de détail jamais vu avec des visages pouvant bouger en plusieurs points. Tout au niveau graphique dans ce jeu était incroyable, en jouant aujourd’hui on voit bien que tout est moins beau que dans plein de jeux sur PS2, mais si vous étiez là quand Shenmue était nouveau, c’était la référence graphique. Un monde complet en 3D plein de détails, de bâtiments, de personnages aussi détaillés, bref GTA III avant son temps, mais puisque la ville est quand même moins grande et coupée de pleins de chargements, les graphiques de tout ce qui compose le monde de Shenmue sont plus beaux (GTA III, à un niveau relatif en tenant compte qu’il est sur une machine plus puissante, présente des graphiques peu détaillés, mais à plus grande échelle). Encore une fois, le jeu est réaliste, il n’y a donc pas d’extravagances ou de couleurs vives et fluorescentes, mais c’est très approprié pour l’environnement du jeu qui recrée assez fidèlement des régions de Yokosuka, une ville japonaise.

Au niveau sonore, en parlant premièrement des voix (car il y a des voix pour tous les personnages et tous les dialogues), je dois dire que ce que les graphiques apportaient pour les émotions des personnages, les voix enlèvent. C’est probablement applicable seulement aux versions anglaises du jeu, car j’ai joué à la suite, Shenmue II, avec les voix japonaises, que j’ai trouvées appropriées et justes. La quantité massive de voix est vraiment quelque chose d'impressionnant, mais il n’y a juste aucune émotion dans les dialogues durant l'enquête, Ryo dit toutes les lignes sur le même ton complètement neutre, même quand il parle avec son amie Nozomi avec laquelle il y a une sous-histoire d’amour à laquelle il ne peut accéder, principalement à cause de son obsession pour la vengeance. Son père vient d’être assassiné, sa vie est complètement transformée, il ne se sentira bien que quand il aura la peau de Lan Di, pourtant il parle tellement calmement. À vrai dire, il m’ennuie carrément. C’est sûr qu’il y a des émotions venant de quelques personnages à certains endroits, principalement la colère ou quelque chose du genre, mais c’est soi trop subtil, soi trop cliché. À part des voix, les effets sonores sont très réalistes et certaines utilisations, comme le chant des oiseaux où il y a plus de nature, servent à rendre l’expérience plus complète.

Plusieurs personnes apprécient la musique de Shenmue, même IGN déclarait dans sa critique que la musique était parmi les meilleures, pas juste dans le domaine du jeu vidéo, mais dans le domaine musical au complet. Pour ma part, j’ai une opinion partagée sur la trame sonore de Shenmue. On peut tout de suite noter une influence japonaise (peut-être qu’influence est un mauvais mot puisqu’il s’agit de son origine), ce qui est bien pour aller avec le jeu qui se déroule au Japon et qui présente une culture très japonaise (un autre point négatif du jeu pour nous, peu d’efforts ont été apportés pour le rendre plus international au moment de la traduction, certaines habitudes et certaines choses vous sembleront étranges sans inclure d'explications). J’aime aussi quand un compositeur est capable de respecter ses origines au lieu de se laisser tenter par quelque chose de plus international et commun.

La musique est du style japonais plus traditionnel, relax et spirituel. Probablement qu’avec les voix qui contribuent déjà à m’ennuyer, c’est ici qu’une limite est atteinte pour moi et ça m’endort presque. Pour être honnête, il y a des pièces que j’adore, comme le thème principal, et d’autres qui me dérangent, comme la musique qui joue dans la première région. Comme ce genre de musique joue longtemps quand on se promène dans une même région pour parler à plusieurs gens, c’est ce que j’entends le plus même si c’est ce que je veux entendre le moins. De toutes les pièces, je me retrouve probablement avec une bonne moitié qui range du supportable à l’agréable et une autre moitié dans le sens contraire.

Beaucoup de points négatifs dans cette critique, cela semble même ternir les points positifs. C’est seulement parce que j’ai cette habitude d’aller interpréter les moindres détails qui composent un jeu, mais dans l’ensemble, si quelqu’un joue à Shenmue à temps partiel, c’est-à-dire pas d’un seul coup (le jeu dure probablement 15 heures, plus si vous prenez votre temps, puisqu’il n’y a pas de limite au temps que vous pouvez décider de perdre ailleurs plutôt que de continuer l’enquête, mais il n’y a pas de vraies quêtes secondaires, sauf pour un chat à nourrir), c’est une bonne expérience de jeu mémorable. Je ne pense pas que j’y rejouerais nécessairement par contre, une fois était suffisante, alors que je rejouerais peut-être bien à Shenmue II (qui est pourtant plus long).

Comme le jeu était prévu en 3 parties, la fin du jeu ne résous pas tout et même presque rien, elle nous laisse sur notre faim alors que nous sommes rendus déterminés à aller au bout des choses. On voit que l’aventure commence véritablement dans la prochaine partie. Cependant, c’est peut-être une autre mauvaise idée d’avoir fait en sorte que le premier jeu soit beaucoup moins intéressant. La raison pour laquelle il est moins intéressant est très simple, les 3 parties de Shenmue représentent 16 chapitres, Shenmue II contient 4 chapitres (je pense) alors que Shenmue est le premier chapitre. Ce jeu n’est donc qu’un prologue. J’ai joué à la suite et je peux confirmer que presque toutes les choses excitantes commencent dans celle-ci. J’ai d’ailleurs tellement aimé Shenmue II (et assez aimé Shenmue malgré tout) que je dois vous suggérer de jouer au premier jeu dans le but de pouvoir jouer à la suite.

J'ai une autre chose à tenir en compte en vous incitant à jouer à Shenmue, c'est le fait qu'aujourd'hui, nous savons qu'il est possible qu'il n'y ait jamais de troisième Shenmue. L'histoire n'est donc pas complète. Comme Shenmue II finit au moment ou rien ne va plus, ou plusieurs mystères s'annoncent encore (et la fin a déçu certains pour son manque de réalisme soudain n'allant pas avec le restant de la série), c'est très frustrant de ne pas connaître la suite et de s'embarquer dans une histoire sans fin qui devient presqu'inutile. On a le gout d'aller au bout des choses à cette étape, mais on ne peut pas. À vous de choisir que faire là-dessus et on ne sait pas, peut-être qu'ils finiront par sortir une suite sur la prochaine génération de consoles.

Scores :

Graphiques : 95%
Les graphiques sont très beaux et détaillés pour recréer un univers réaliste. Le seul petit point qui a été enlevé, c'est justement que ça manque un peu de style, mais 95% ce n'est pas loin de la perfection, n'est-ce pas?

Sons : 69%
Comme je l'ai dit, des voix ennuyantes même si elles sont présentes en grande quantité, aussi plusieurs compositions musicales endormantes. On retrouve des effets sonores qui contribuent bien à l'environnement et les musiques sont quand même toutes appropriées et celles qui fonctionnent pour moi, je les reconnais comme des grandes compositions

Jouabilité : 69%
Dans ce cas-ci, ce n'est pas tellement que le jeu est atroce à jouer et qu'il n'est pas plaisant, c'est juste qu'il est rempli de petites imperfections qui s'accumulent. Il y a des longueurs qui vont parfois même dans des extrêmes, les temps de chargement sont énervants à tout bout de champ, l'interface est plus ou moins bonne (par exemple, quand le jeu vous donne des choix, il les place en croix à l'écran et ce sont les flèches du D-pad qui activent ces choix automatiquement). Ceci dit, les contrôles fonctionnent bien et la difficulté est bien calibrée pour son genre. Je n'ai pas remarqué de bugs majeurs et c'est un jeu très original, innovateur et quand même jouable, ce qui vient le sauver d'un échec

Rejouabilité : 25%
Je n'ai pas vu le besoin de rejouer à Shenmue puisque l'aventure serait relativement la même et elle comporte déjà trop de longueurs. S'il y a des passages que vous avez manqués, mais aussi si vous voulez continuer à visiter les environs ou aller jouer aux arcades, il y a un peu de rejouabilité. À l'époque, il y avait même une connexion Internet où vous pouviez comparer plusieurs statistiques avec d'autres joueurs, mais c'est fini maintenant

Histoire : 67%
L'histoire est trop réaliste et elle manque de piquant. En fait, elle peut demeurer réaliste tout en ajoutant des éléments de surprise plus efficaces (la suite réussit à nous divertir plus en restant réaliste la plupart du temps), impliquer un peu plus les personnages, ajouter des situations dangereuses auxquelles on peut croire (il est rare qu'on sente vraiment que Ryo est en danger de mort, même s'il poursuit des criminels dangereux). Je dirais donc qu'elle fait le travail, ni plus, ni moins

Bonus : 83%
C'est un bon jeu à posséder sur Dreamcast, probablement un must comme je le disais au début, mais les personnes ayant moins de patience ne devraient même pas y toucher. Tout de même une expérience unique qui devrait être potentiellement expérimentée

Total : 72%
Ouais, je trouve le total assez représentatif de ce que je retiens de Shenmue. C'est jouable, il y a des points forts, il y a des points faibles. La suite vaut beaucoup plus la peine. On le sait, les premiers jeux d'un genre sont souvent les pires, car ils font des essais. Je souhaite quand même finir en lui attribuant un "à essayer absolument", car il manque vraiment à votre culture de gamer si ce n'est pas le cas, il est juste tellement différent (la seule raison pour laquelle je l'ai mis "Choix du geek", une exception majeure que j'ai faite, car il contient quand même plusieurs imperfections)...

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