mardi 24 mars 2009

Conker's Bad Fur Day

Devant de la boîte de Conker's Bad Fur Day

Il est assez rare qu’un jeu de qualité sorte sur une console qui tire à sa fin, du moins, sans qu’il ne soit disponible sur la nouvelle génération. Il est aussi rare de voir un jeu super vulgaire, à contenu parfois sexuel, et aussi assez violent, sur une console produite par Nintendo (c’était encore plus vrai à l’époque de la Nintendo 64). On peut dire que Conker’s Bad Fur Day est sorti sous des circonstances inhabituelles, ce qui ne lui enlève rien à sa qualité, ce qui en fait même quelque chose de très spécial et inoubliable. Ne vous laisser pas tromper, Conker’s Bad Fur Day EST un jeu à posséder sur Nintendo 64, et l’un des derniers véritables bons jeux sortis sur cette console.

Rare, qui a probablement vécu ses meilleurs moments auprès de Nintendo, est reconnu pour plusieurs classiques comme GoldenEye 007 (le meilleur FPS pour console de salon à sa sortie, à mon avis), tous les Donkey Kong Country (qui ne connaît pas cette merveilleuse série?), Battletoads, et plusieurs titres originaux comme Perfect Dark (un bel effort pour renouveler l’engin de GoldenEye 007), Banjo-Kazooie et Jet Force Gemini. C’est une compagnie qui, dans son ensemble, a produit une quantité de jeux variés allant du jeu de tir, au jeu de plates-formes, jeu de course, et même beat 'em up.

Cependant, même si GoldenEye 007 était un jeu violent sur Nintendo 64, Rare avait la réputation de sortir des jeux destinés pour les enfants, avec des graphiques colorés et amusants présentant une ambiance familiale. Après la sortie de Diddy Kong Racing (même leur jeu de course est destiné envers un jeune publique), Banjo-Kazooie, Banjo-Tooie et Donkey Kong 64, devait venir Conquer’s Quest (plus tard renommé Twelve Tales: Conker 64), un jeu "tout cute", mettant en vedette Conker the Squirrel, un écureuil "tout cute", qui était un personnage jouable dans Diddy Kong Racing, où il apparaissait pour la première fois.


Ils ont même sorti Conker’s Pocket Tale sur Game Boy/Game Boy Color (cartouche hybride qui contient 2 versions différentes, chacune adaptée à son système), un jeu de plates-formes largement destiné envers un public très jeune devant servir de prédécesseur au jeu de Nintendo 64 planifié. Ayant peur, probablement avec raison, que le jeu ne passe que pour un autre jeu de plates-formes dans la lignée déjà surchargée des jeux de plates-forme dits cute, ils ont complètement remodelé le jeu, même les environnements ne sont pas structurés de la même façon qu'au début, pour passer de cute à complètement grossier. Vous savez quoi? Même nous ne le savions pas à l’époque, mais c’est exactement le genre de chose que l’on attendait depuis longtemps.

Ce jeu se veut une parodie de plusieurs choses, de jeux vidéo, de ce à quoi l'on s'attend, et de films. Le jeu commence alors que Conker est assis sur son trône, dans une scène qui se déroule de la même façon que la scène d’ouverture du film A Clockwork Orange. Conker nous dit qu’il est devenu le roi du monde, hier... Il est entouré de personnages plus loufoques les uns que les autres, qu’il a rencontrés durant son aventure le menant au titre de roi. Le jeu se déroule donc dans un flashback de la journée d’hier.

Son flashback commence alors qu’il appelle sa blonde Berri à partir d’un bar. Il est en train de fêter et arrivera un peu tard. La première fois qu’on prend les contrôles de Conker, c’est un lendemain de veille, celui-ci s’étant saoulé toute la nuit. Il est perdu et désire rentrer à la maison, mais sa vision est floue et il marche tout croche. C’est alors que le jeu nous présente les endroits qui répondent au contexte de la situation. Ces endroits sont marqués par la lettre B, le bouton qu’il faut peser pour les activer. Puisque Conker est saoul, la meilleure chose pour le contexte présent est de lui permettre de se concocter une petite potion qui le remettra dans son état normal. Un autre exemple de chose qui peut arriver avec ces boutons est de sortir un lance-flamme pour tuer des chauves-souris. Conker sort ces objets comme dans un cartoon, hors de sa poche qui peut contenir à peu près n’importe quoi.

Au cours du jeu, Conker cherche tout simplement à retourner chez lui pour y retrouver Berri, mais le roi du monde, une panthère noire, qui veut réparer sa table à laquelle il manque une patte, a appris qu’un écureuil serait parfait pour faire office de patte de table. En relisant ma dernière phrase, je me dis peut-être que je devrais arrêter tout de suite de décrire l’histoire du jeu, mais ce que je viens de dire n’est pas si ridicule que ça dans le monde de Conker’s Bad Fur Day, c’est même peut-être ce qui fait le plus de sens. Oui, au cours de sa quête périlleuse, Conker devra faire en sorte qu’une abeille puisse polliniser une fleur avec une grosse poitrine, il devra combattre une armée de nounours et il devra se battre contre un géant tas de merde, chanteur d’opéra, littéralement... (Je ne vous suggère pas de regarder la vidéo ci-dessous au complet si vous pensez jouer au jeu, car ce sera d'autant plus plaisant de vous y rendre par vous-même.)


C’est tout simplement génial. Et comment oublier ça?

Contrairement aux films, les parodies dans le monde du jeu vidéo sont plutôt rares, eh bien vous serez heureux d’apprendre que ce jeu contient des parodies de Reservoir Dogs, Dracula, The Matrix (voir la vidéo ci-dessous, mais comme pour celle de The Great Mighty Poo, ne la regardez pas nécessairement au complet, mais dites-vous que la parodie est assez complète), et autres.

C'est un jeu qui regorge de thématiques bien différentes et toutes bien amusantes pour rafraichir le concept, qui change un peu d’un niveau à l’autre. Au début, il ne s’agit que d’un jeu de plates-formes, avec une barre de vie représentée par des morceaux de chocolat (qui sont aussi éparpillés à certains endroits pour restaurer de l’énergie). Les contrôles habituels sont présents, dont sauter, flotter (un peu, avec l’aide de la queue de Conker qui fonctionne comme une hélice d'hélicoptère), et attaquer. Plus tard, on trouve des armes à feu, dans un chapitre où une guerre s’est déclenchée, on combat aussi des zombies avec un fusil de chasse, on se transforme en chauve-souris (donc on peut voler librement) pour trouver des villageois innocents et extraire leur sang en les faisant tomber dans une machine qui les compresse. Bien franchement, le jeu n’a jamais le temps de devenir vieux, c’est du plaisir du début à la fin, d’autant plus qu’il n’y a pas vraiment d’objets à chercher avec le système qui nous donne automatiquement les objets nécessaires au contexte (vous savez comme moi, que la recherche inutile dans les jeux vidéo peut poser problème, surtout quand on ne sait pas qu’il nous manque un objet).


La façon dont le monde est divisé se fait de façon plus subtile que dans certains jeux de plates-formes comme Super Mario 64, où il faut entrer dans des peintures pour accéder aux différents mondes. Dans Conker’s Bad Fur Day, le monde forme un tout, pour se rendre à un endroit, il n’y a pas point d'accès principal, il faut vraiment se rendre à chaque place, mais comme le jeu ne nécessite pas de retour en arrière, ça ne pose aucun problème.

Comme dans tout jeu de ce genre, il faut faire la collecte massive d'une chose en particulier, ici ce sont des liasses de billets qui nous font savoir leur proximité en nous criant des insultes, impatients de se faire prendre (Conker les veut parce qu'il est avare, mais l'argent sera aussi nécessaire pour franchir certains points). Les liasses sont souvent apparentes sur le terrain, mais à des endroits inaccessibles, il faut donc résoudre des problèmes pour débloquer les chemins menant à elles.

C’est un jeu complètement linéaire, qui nous force à tout ramasser pour le finir. Cela n’ajoute pas de rejouabilité au jeu qui dure un peu plus de 10 heures, pourtant ils ont mis la possibilité de tout simplement recommencer n’importe quel chapitre du jeu à partir du moment où il est complété, ce qui permet de se rendre facilement d’un point à un autre même si le jeu ne contient pas normalement de base à partir de laquelle nous pouvons accéder à tous les mondes. Tant qu'à se donner l'effort d'ajouter cette possibilité dans ce jeu, pourquoi ne pas ajouter des buts supplémentaires? Cependant, je comprends parfaitement pourquoi ils ont inclus cette option : l’expérience de jeu est tellement amusante avec son humour particulier, qu’il est presqu’impossible de ne jouer qu’une seule fois sans avoir automatiquement le goût de refaire certaines parties, ce qui est rendu possible en choisissant nos chapitres préférés.

Il y a aussi un mode multijoueur avec quelques minijeux inspirés des différents mondes. Au menu, un jeu de course en karts, un jeu de tir à la troisième personne, un jeu où il faut soi infiltrer une base ennemie, soi empêcher l’autre d’infiltrer notre base, et même plus.

Il faut comprendre qu'avec toute l’expérience acquise par Rare sur cette console, ils se sont assurés de faire en sorte que Conker’s Bad Fur Day soit une merveille technologique, poussant les limites de la machine, mais aussi du support, c’est-à-dire, la cartouche de 512Mb. Là où la Nintendo 64 était réputée (en mal) pour ses textures affreuses et très floues (à cause d’une faible mémoire cache limitant les textures à de très basses résolutions), Conker’s Bad Fur Day utilise une technique spéciale qui empile plusieurs bouts de texture à basse résolution pour présenter plus de détails, beaucoup plus de détails. Le résultat est une apparence soignée qui en fait l’un des jeux les plus beaux sur la console.

Rare ne s'est pas arrêté aux prouesses graphiques, car là où la Nintendo 64 ne présentait normalement que des trames sonores MIDI, Conker’s Bad Fur Day utilise la technologie de compression MP3 pour pouvoir inclure des véritables pistes audio qui sonnent bien mieux (tout ça sur une cartouche qui, en mesure informatique plus courante, ne mesure que 64MB).

Ce qui est encore plus impressionnant, au niveau sonore, est l’inclusion de voix pour tous les dialogues du jeu, et il n’en manque pas avec tous les personnages colorés qu’on y rencontre (la plupart de ces personnages colorés lancent quelques mots vulgaires ici et là, dont une infime partie est censurée). Le producteur du jeu, Chris Seavor, fait toutes les voix masculines, sauf pour The Great Mighty Poo et le roi. Non seulement est-ce inhabituel pour un producteur de jeu, autant que je sache, mais ce n’est pas non plus un travail de basse qualité. Il s’est efforcé de prendre des accents différents et des manières de parler différentes de sorte que l’on ne le reconnait pas, et les voix qu’il prend, bien que parfois clichées, semblent toujours appropriées pour chaque personnage.

Les voix, un accomplissement technologique incroyable que je n’arrive pas à comprendre même aujourd’hui (comment faire entrer une telle quantité de voix, avec le restant du jeu, dans un si petit espace à l'époque), sont accompagnées d’animations pour les bouches qui suivent les paroles, et ce n’est pas comme des marionnettes pour la plupart des personnages, ça paraît plutôt assez naturel. Tout ceci contribue à enrichir l’expérience, qui est, en elle-même, déjà variée et remplie d’humour pour nous divertir suffisamment et même plus.

Je parle depuis tout à l'heure d’un jeu qui est une merveille technologique sous tous ses aspects, qui peut vous amuser sans aucun doute, et qui est bien jouable avec des contrôles qui répondent bien pour un jeu de plates-formes de la sorte. N’oubliez pas non plus que c’est assez unique comme jeu, étant un jeu adulte sur Nintendo 64 (j’ai été tenté de dire sur une console Nintendo tout court, mais je dois admettre que même s'ils peuvent encore facilement être associés avec les jeux pour enfants, ils acceptent un peu plus de jeux matures qu’à leurs débuts). En fait, c'est un jeu unique pour toutes consoles confondues, car jamais je n'ai revu un mélange présentant un jeu de plates-formes cute et vulgaire, par la suite.

Scores :

Graphiques : 100%
Ce jeu utilise une technique avancée pour présenter certains des graphiques les plus avancés possibles sur Nintendo 64. Ils sont plus détaillés, très colorés, et le style est unique. C'est-à-dire que les graphiques sont dans un style semblable aux jeux de plates-formes dits cute, mais il y a ajout de décapitation, de sang, de seins, etc. Étant un jeu de plates-formes avec plusieurs régions à thématiques différentes, les graphiques sont aussi très variés et conformes à leur milieu

Sons : 100%
Les sons sont très biens, et avec l'utilisation de la technologie MP3 pour inclure une trame sonore de qualité et une quantité de voix étonnantes et bien faites, ce jeu est probablement le plus avancé dans le département audio sur Nintendo 64. La trame sonore est très appropriée, plaisante à entendre, et il ne faut pas oublier la chanson humoristique de The Great Mighty Poo

Jouabilité : 81%
Comme je l'ai dit plus d'une fois, c'est une expérience très plaisante et amusante que de jouer à ce jeu, d'un bout à l'autre. Le plus grand problème, c'est que le jeu ne donne jamais l'impression de devenir vieux, donc à la fin, on en veut encore plus, mais rien n'empêche le jeu de s'arrêter après un peu plus de 10 heures. Il y a aussi une chose dérangeante, à chaque fois que l'on démarre le jeu, il faut passer par un écran où Conker scie le logo 3D du N de Nintendo en 2, pour le remplacer par celui de Rare...

Rejouabilité : 50%
Une fois le jeu terminé en jouant tout simplement normalement, il n'y a plus rien à trouver, vous avez complété le jeu. Il existe un mode multijoueur potable avec quelques minijeux pour vous tuer entre amis, présentant des concepts différents. En fait, ce qui donne le plus de rejouabilité à ce jeu, c'est qu'on en n'a pas assez à la fin, et qu'on n'hésite pas vraiment à le recommencer, tellement il est amusant

Histoire : 100%
L'histoire, tout comme les graphiques, est faite dans un style semblable aux jeux de plates-formes cute, dans le sens que certains personnages ont une personnalité qui pourrait être utilisée dans un tel jeu, mais la majorité des personnages sont vulgaires. Les personnages innocents ne le sont aussi parfois qu'en apparence de surface, et vous réservent des surprises. En gros, ce n'est pas une histoire complexe à la Metal Gear Solid, ou comme dans plusieurs RPGs, mais elle est vraiment parfaite pour un jeu de plates-formes adulte comme Conker's Bad Fur Day

Bonus : 100%
Probablement le jeu le plus technologiquement avancé sur Nintendo 64, mais qui pourtant ne s'arrête pas là, en vous proposant aussi du plaisir avec ses autres qualités. Devoir se le procurer n'est plus une question, mais une certitude

Total : 90%
Que faites vous encore à lire ma critique, allez jouez à Conker's Bad Fur Day! Et n'allez pas vous dire : «Bonne idée, je vais aller chercher le remake sur Xbox, Conker: Live & Reloaded." La version de Nintendo 64 est vraiment celle que je suggère en premier lieu, si possible, car le remake, même s'il contient des meilleurs graphique et sons, est extrêmement censuré comparé à la version Nintendo 64. Je sais, ça ne fait pas de sens...

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